>Prague

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« Pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre ? Suis sûr qu’on y découvrirait de nouveaux sites… ». Ainsi sont nés les Vases Communicants, à l’initiative de François Bon.

Aujourd’hui, j’écris chez Kouki Rossi sur son blog Koukistories, et j’accueille son texte ici.

***
Sorties du restaurant, les ventres comme des oreillers tendus aux quatre coins, nous marchons, crochées aux coudes. Happées par l’air glacé de la nuit slave, une rumeur de canon et de feu nous émoustille et nous tire en avant comme une carotte son âne.

Manteaux et chapeaux de guingois, nos besaces en cadence, le mousseux de Bohème finit de nous ravir et se révèle festif, brassé à l’oxygène. En marionnettes hilares nous boitons vers les lumières au ciel.

De loin, ce sont des gerbes colorées qui veulent maquiller la lune, plus près, des lumignons avares griffant les toits, et au dernier carré contourné,  voici ce qu’il en reste : sur la place à l’odeur de soufre, le ciel charbonneux encore pâli d’éclats pétaradés, le souvenir incandescent du dernier bouquet disperse un public médusé. Sans plus d’artifices ni de feux de Bengale, le silence et la nuit, massifs, déjà referment leurs portes.

Contrites, nous tournons talons et dos au pont mythique qui pourra bien attendre quelques lustres de plus avant que de nous voir ! Sur les béances du pavement, semelles entravées, le maillon de nos bras tantôt leste ou serré et nos pelisses fendues par la bise chafouine, voici que derrière le ventail de la pénombre, une scène sémillante s’affiche tout d’un coup, comme pour nous consoler.

En une haie d’honneur, les vitrines diamantées, tout le Palais des Glaces et Versailles incendiés,  les Milliers de Cristaux de l’Entière Bohème rutilent pour notre entrée, nous qui avions tardé !

Notre cortège secoué de rires pourtant fait le bouffon au nez du luxuriant étalage, de zigzags couvre toute l’allée, fait halte et révérences où palpite la lumière. Puis repart de plus belle, ivre, vers l’autre bord irradié par les rampes de ces trophées désuets. Prisonnier ébloui sous la poursuite têtue des prismes du cristal, le duo clopine sa gigue, gloussant vers le pavé.

Riant aux éclats. Aux éclats des cristaux de Bohème.

Riant comme des cloches, celles qui tintent là haut, près du château éteint.

Riant, dardées de rayons, emmitouflées de givre.

***

Voici la liste des autres participants à ces échanges de février :

* Anna de Sandre & Kouki Rossi
* Tentatives & aedificavit
* Philippe Annocque & Martine Sonnet
* Luc Lamy & Juliette Zara
* Les lignes du monde & Abadôn
* Jean Prod’hom & Brigetoun
* Antony Poiraudeau & Juliette Mezenc
* Anne Collongues & Arnaud Maïsetti
* Jérôme Denis & Emma Reel
* Kill that Marquise & Pendant le week-end
* François Bon & Joachim Séné
* Soubresauts & Kafka Transports
* Florence Noël & Éric Dubois
* Pierre Ménard & Librairie litote en tête

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