Un froid sec #1

Depuis que Le-Chien était entré dans Villebasse, aux premiers jours de cet hiver particulièrement froid, on avait le sentiment incongru que la mort survenait davantage qu’à l’habitude ici, et plus qu’aux alentours. Ce n’était pas remarquable par tout le monde, mais tout de même, la coïncidence était citée au Bistrot de Saturne après que les clients les plus fidèles avaient fini de perdre leur monnaie de la semaine en méchantes bières et qu’il ne leur restait plus qu’à prolonger la conversation pour rester encore un peu. Par exemple, Cédric Volta avait perdu son oncle Tim à la chasse au lièvre un jour de neige. Les Setters anglais avaient rebroussé chemin pour chercher une aide qui arriva trop tard : l’homme était déjà mort. Une crise cardiaque. Son âme en s’échappant le laissa mourir sans un cri, car la dernière volonté d’oncle Tim, ou plutôt son ultime réflexe fut de garder son honneur jusqu’au bout en n’alertant pas le gibier. Et le fait est qu’une hase gestante qui s’en venait un peu plus tard varia sa course pour tracer à cinq paumes de son corps en laissant de petites crottes. Sébastien Chapelle garda pour lui que Dieu avait exaucé ses prières, car nul n’avait besoin de savoir que Tim Volta lui avait planté des cornes ; Cédric récupéra ses chiens, de braves bêtes à l’arrêt ferme, redoutables avec les bécasses. Autre fait divers qui eut lieu quasiment en suivant : la petite Marion des Alliot échappa à la surveillance de ses parents et fila droit à la rivière où la nouveauté d’un embâcle de glace l’attira sur la surface gelée qui céda comme une branche. Le reste fut plus ordinaire, à part la quantité. C’est à la mort du clerc significateur que le rapprochement se fit à rebours, s’insinuant dans les esprits avec la rapidité d’une légende ; or, chacun sait que lorsque le soupçon devient croyance puis conviction, ce n’est plus la peine de chercher une preuve.

1 commentaire

  1. Une page étonnante . La lourdeur de la vie morne et sans horizon des habitants de V. ce lieu non localisé est peinte à grands jets de métaphores, allégories, mots choisis, le ton est allègre. Le sentiment de la science fiction point…Le tableau est clinique. La situation de ces gens est désespérée d'autant plus qu'ils se vautrent dans l'oubli de toute projection et dans les tourbillons vertigineux des renoncements accumulés. La neige bétonne une chape sur cette centrale explosive et mortifère, est-il possible d'y échapper? Peu probable. Instinct de mort ou instinct de conservation, les lois de la survie sont puissantes, se foutent de la qualité de vie pourvu qu'un souffle perdure.L'écriture d'ADS jette des coups de projecteur comme un drone observateur, le résultat conduit à une lecture glauque , un poil cauchemardesque à déconseiller les jours de fièvre!!! 🙂

    J'aime

Répondre à patrick.verroust Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s