Un ami comme Chadouk #3

Extrait d’un roman pour les 9-12 ans :
                     *
d6a2d-patricia2bmetola
© Patricia Metola
JE SUIS EN PYJAMA QUAND Maman s’habille et descend déjeuner. Nous parlons du spectacle d’hier avec plaisir. En principe, Je n’aime pas trop la voir se montrer de la sorte. J’ai l’impression d’observer une étrangère qui ressemblerait trait pour trait à ma mère et cela me fait toujours un drôle d’effet. Je ne ne sais pas comment me comporter quand Maman est dans ce rôle de chanteuse acclamée par un public. Hier pourtant, c’était différent : j’ai vu son regard sur le père de Timéo. Je ne le lui avais jamais vu auparavant, parce que mon père est parti alors que j’avais deux ans. Les princesses de dessin animé ont exactement ce regard quand elles tombent amoureuses.
 *
Je repense au collier. Malgré une bonne nuit de sommeil et un bol de lait de riz, je ne comprends toujours pas pourquoi elle en avait un à son cou. Elle porte rarement des bijoux. Elle leur préfère les foulards car ils sont plus rassurants et moins lourds à porter. Si, si. Véridique, elle dit des choses comme ça !
 *
Je tartine du beurre sur quelques tranches de pain aux céréales. Je m’y prends mal sur la deuxième. Un peu de matière grasse déborde sur ma main. Je repose le couteau mais au lieu d’essuyer mes mains dans ma serviette ou mieux, d’aller les laver à la cuisine, je fais une chose pas courante : je les frotte comme si je les enduisais de crème hydratante. Puis, je fais de même sur mes avant-bras. C’est une manie que j’ai attrapée, petite fille, à la lecture d’un vieux livre que ma mère me faisait le soir. Il s’appelait « Contes et légendes indiennes ». Dans une des histoires, une tribu partageait un repas dans un tipi avant de partir à la chasse. Une fois le repas terminé, tous les convives s’enduisaient les mains et les avant-bras avec les restes des aliments les plus gras afin de protéger leur peau contre le froid.
J’avais trouvé que c’était une bonne idée, et cette habitude ne m’a plus quittée. Beurre, huile, gras de canard, jus de poulet, toutes les matières grasses y passaient et Maman, de guerre lasse, me laissait faire. Si j’avais eu un petit frère, je lui aurais montré cette astuce indienne. Ça oui, avec un petit frère, j’aurais pu mimer toute une tribu, construire des tipis, chasser le bison, pêcher la truite et me battre avec les Comanches.
 *
« Poppy ? » j’utilise ce surnom avec Maman puisque nous sommes enfin seules. « Poppy, est-ce que c’est le père de Timéo qui t’a offert le collier ? »
Peut-être qu’ils se connaissent déjà et que je ne le sais pas encore.
À l’autre bout de la table, sur une chaise qui me semble vide, Chadouk m’imite en étalant à son tour du beurre sur ses bras. Ses poils brillent comme des fils de toile d’araignée sous un givre et il trouve cela charmant. À ce moment-là je ne le sais pas encore. C’est lui qui me le racontera plus tard, quand je pourrai enfin le voir et l’entendre. Ma question l’immobilise et le suspend aux lèvres de Maman.
*
(Extrait du chapitre 4 : « Lucie veut résoudre l’affaire du collier »)
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s