Un ami comme Chadouk #7

 Extrait d’un roman inédit pour les 9-12 ans :
Un ami comme Chadouk #7
© Chris Dunn
JE N’AI JAMAIS EU de vrai secret auparavant. Par exemple, je ne dis jamais à mes copains que ma mère est partie un jour en emportant ses affaires mais en laissant son fils. Je ne confie pas mes chagrins. Je ne parle pas davantage de ma peine quand Papa rentre des courses et qu’il n’a pas acheté beaucoup à manger. Tout ça, je le garde dans son cœur, même si tout le monde sait très bien que mon père ne travaille pas souvent parce qu’il en a perdu le goût et l’envie depuis le départ de ma mère. Mais ça, c’est différent. C’est juste que je n’ai pas envie d’en parler avec les autres. C’est juste que j’aimerais bien que les autres ne sachent pas ce qui est moche ou triste dans ma vie.
Je rallume ma lampe de chevet et trotte discrètement sur mes pieds nus jusqu’à la salle de bain pour boire quelques gorgées dans la coupe de mes mains. Je ferme rapidement le robinet, m’essuie à la serviette qui traîne en tire-bouchon dans la corbeille à linge et retourne dans ma chambre.
Chadouk est à plat ventre devant une toupie en bois qui tourne longtemps. Il la contemple avec ravissement, tellement absorbé qu’il ne me voit pas l’approcher.
— Bouh !
Il sursaute et ça le fait décoller de quelques centimètres.
— Tu m’as fait peur ! Ce n’est vraiment pas drôle.
— Qu’est-ce que tu fais dans ma chambre ?
— Je voulais te parler.
— De quoi ?
— Du monsieur qui est venu chez toi. Qui est-ce ?
Je me renfrogne et garde le silence.
— Il n’avait pas l’air très gentil. C’est vraiment lui, le gardien des Grands Bois ?
— Le « garde-forestier », je rectifie. « Et non, à mon avis, ce n’est pas lui. Comment va Lucie ?
— Bien, mais elle ne me voit et ne m’entend toujours pas. Dis-moi qui c’était ? Il n’avait vraiment pas l’air commode.
Je suis embarrassé. À quoi bon expliquer que Papa me cache ses problèmes d’argent ? Nous sommes pauvres, il n’y a plus assez de sous sur le compte pour payer les loyers du mobil-home et monsieur Santos, le propriétaire, a envoyé un huissier de justice pour nous faire expulser. Nous devrons quitter cet endroit mais nous n’avons nulle part où aller. Je ne sais même pas ce que vont devenir mon lit et mes affaires. Le coffre de la voiture peut contenir deux, trois valises et rien de plus.
Je l’explique quand même un peu en donnant le moins de détails possible et Chadouk en a les larmes aux yeux.
— Je suis désolé, Timéo. Je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas quoi faire non plus.
— Rien, on n’y peut rien, c’est la vie. Tu n’es pas réel et je suis un enfant. J’ai vérifié dans ma tirelire, je n’ai que trente-six euros quinze.
*

(Extrait du chapitre 8 : « Une mystérieuse visite chez Timéo »)

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