Un ami comme Chadouk #9

Extrait d’un roman inédit pour les 9-12 ans :
*
Pascal Campion
© Pascal Campion

Je tombe sur Timéo en tournant les talons pour sortir de la boulangerie. Il a l’air un peu contrarié de se retrouver nez-à-nez avec moi. Je ne peux pas me douter que c’est Chadouk qui le met dans l’embarras. C’est difficile de voir quelqu’un grimacer et de se comporter comme s’il n’était pas là.

Il rougit.
« Hé ! Lucie, salut…
— Ça alors ! bonjour Timéo, comment vas-tu ? Quand je vais dire à Romane que je t’ai vu, elle ne va pas en revenir. On n’a plus de tes nouvelles depuis un moment, non ?
— Euh… ce n’est pas ça… disons que je suis actuellement occupé. »
Il achète son pain quand vient son tour et fait mine de se diriger vers la sortie.
Là, je dois dire que je prends la mouche :
— Attends, ne te sauve pas ! Tu es occupé à quoi faire ?
Timéo se retourne, embarrassé. Il contemple un instant Mme Crespin qui tranche un gros pain de maïs. Puis, son regard se pose sur moi. Il marmonne entre ses dents :
— Tu sais garder un secret ?
J’écarquille les yeux et je fais oui avec la tête.
Timéo prend une mine de conspirateur :
— Viens, on va dehors.
*
Nous sortons et lui se donne une tape sur le front.
— Zut ! Je n’ai pas acheté le bon pain.
Et il s’engouffre précipitamment dans la boulangerie pour revenir trois minutes plus tard avec une grosse miche aux céréales. J’avance d’un pas vers lui.
— Bon alors, c’est quoi, ton secret ?
Il paraît qu’à ce moment-là Chadouk l’a encouragé d’un « n’oublie pas que Célia la druidesse nous attend tous les trois. Invite-la, Timéo ; c’est important. »
Timéo suit des yeux le trafic de la route. Les feux de croisement sont des lucioles dans la lumière du matin.
— Eh bien, voilà : mon père et moi, on passe plusieurs jours aux Grands Bois pour fêter mes dix ans. C’est mon cadeau d’anniversaire.
— Ah ? Bon anniversaire.
— Merci. On y est jour et nuit. Le garde-forestier est d’accord, bien sûr.
— Ça alors ! Mais où dormez-vous ?
— Dans la voiture, et c’est super.
— Mais, vous n’avez pas de tente ?
Je sais combien ma question est gênante mais c’est trop tard, je l’ai déjà posée. Timéo est furieux :
— On a les sous pour en acheter une, faut pas croire. C’est juste que c’est plus amusant dans la voiture.
— D’accord, ne t’énerve pas. Tu en as de la chance, ça doit être merveilleux. Je t’envie. J’aime beaucoup les arbres. Ton père est formidable. Maman ne penserait jamais à m’offrir un aussi beau cadeau.
— Oh, les gens riches ont forcément moins d’imagination.
Timéo ne voulait pas dire cela et il prend un air malheureux. Je reste calme. Je n’ai que dix ans, mais je sais que le succès et l’argent de Maman nous protègent.
*
Il est dix heures. Une brise se lève et nous rafraîchit. Sur le parking, les voitures se garent et redémarrent à un rythme régulier et frénétique. Le bruit des moteurs anime l’air et donne l’impression que les Grandes Vacances ne servent qu’à partir et à revenir.
*
(extrait du chapitre 9)
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