Un froid sec #8

Julie et Corentin avaient pris Sorraya en charge. Elle était leur bébé blessé, leur petite fille abîmée, leur chaton-zouzou. Ils la cajolaient en lui tenant chacun le bras, tentaient de la distraire en disant tout et n’importe quoi. La petite faisait une mine épouvantable. Julie lui chantonna une berceuse traditionnelle mais elle se tut quand un passant les regarda avec suspicion. Les histoires de pièces d’or sortant par le bec d’un canard blanc ne s’accordaient ni avec l’époque, ni avec Villebasse. Une brise légère se leva comme un signal, un flux d’énergie mobile et vivifiante. Plus que deux intersections et ils arriveraient à l’hôpital. La suite serait éprouvante, à n’en pas douter.De leur côté, Virgile et Mattéo ne s’étaient pas dégonflés en les quittant mais ils ne voyaient pas l’intérêt d’arriver en meute au service des urgences. Virgile n’aimait pas le milieu médical. Surtout, il rentrait particulièrement tard. Ses vieux parents l’éduquaient à l’ancienne et ça allait forcément barder chez lui. Mattéo n’avait pas d’avis. Cependant, plus il avançait aux côtés de Virgile, plus la colère le gagnait. Le temps de la sidération était passé.— Ce salopard ne doit pas s’en sortir. Putain ! Non. Si on le retrouve, cet enculé, il faut qu’il prenne cher ! L’obscurité du parc faisait une béance entre les lampadaires de la rue Lafayette. Une béance remplie d’une substance éthérique qui phosphorait grâce à la lune bleue. Des mousses comme des cheveux d’ange pendaient de certains arbres du côté de la rivière, formant des silhouettes menaçantes qui semblaient attendre le passage de quelque damné pour lui infliger sa peine.— On rentre par le parc ? dit Virgile. Ça va nous faire gagner dix minutes, facile.— Tu crois qu’elle va s’en sortir, Sorraya ?Virgile ne répondit rien, alors Mattéo s’absorba dans le crissement de ses pas sur la neige. Il pensa à en faire une vidéo en ligne pour les amateurs d’ASMR et il eut honte de sa futilité en un moment pareil. Détournant le regard, il aperçut une masse sombre qui jonchait la rive du Petit-Canal. Il plissa les yeux pour mieux la distinguer et donna un coup de coude à Virgile.— Eh ! Mate un peu, là-bas ! C’est quoi à ton avis ?Virgile tourna la tête vers l’endroit indiqué et il s’exclama aussitôt :— Ben dis donc, ça ressemble plutôt à un cadavre, non ? Sérieux, on dirait trop un humain allongé par terre.Ils avançaient se faisant et le doute ne fut plus permis : C’était bien le corps de quelqu’un, et de quelqu’un qu’ils reconnurent tout de suite, par dessus le marché.— Merde ! L’agresseur de Sorraya. T’as vu dans quel état il est ? On dirait bien que quelqu’un lui a réglé son compte.Mattéo avait raison. Virgile n’osa pas approcher davantage. Une puissante entité avait semble-t-il entendu son vœu et l’avait exaucé. Il faut croire que ça ne rigolait pas, dans l’au-delà. Et puis qu’ils étaient très premier degré, aussi. Cette enflure avait pris plus que cher. Les blessures étaient impressionnantes ; ce n’était pas un être humain qui l’avait expédié ad patres. Plutôt une goule ou une créature thérianthrope.Mattéo était moins timoré. Il s’accroupit et toucha une jambe du clerc significateur. Les blessures données par Le-Chien s’offraient à sa vue et il se dit que ça n’avait rien à voir avec celles qu’infligeait son père aux bêtes qu’il braconnait pour les repas du dimanche. Ici, c’était impressionnant et dégueulasse. Vraiment dégueulasse.

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