Un froid sec #17

Elle tourna autour de la maison. Un caillou suffirait à crever le vitrage simple des fenêtres, et puis non ; le froid deviendrait un problème : un chiffon isolerait mal, un carton céderait au supplice de la pluie. Elle ne saurait pas escalader la façade et tout était clos : même la grange ne communiquait pas. Trois fois le tour et la tête lui tournait. Elle changea de sens. Le-Chien s’amusait à mordiller les talons de ses chaussures qui avaient piétiné la neige au pied des murs. Comme sous la tiédeur d’un milieu d’après-midi, la terre rendait un jus poisseux dans les traces de ses semelles, le même qui refluait autour des plates-bandes, des buissons nus et des objets abandonnés un peu partout sur le terrain. Cette petite crème en gorgeant les ornières alourdissait l’atmosphère et son vertige. Il fallait qu’elle rie ; qu’elle puise un peu de courage et de pugnacité dans cette détente hystérique.Coline retourna sur ses pas et stationna à nouveau devant la porte d’entrée. Elle s’adressa au chien en faisant le clown : Viens, Le-Chien ! on rentre à la maison, j’allume un feu et je te réchauffe une brisure de riz, ça te va ?  Elle le convia d’un geste à entrer et tourna la poignée en poussant de l’autre main. Il s’engouffra et fila à fond de train au moment où Coline réalisa que la porte n’était pas verrouillée. Elle ramassa son barda et pénétra à sa suite dans le hall d’entrée.
Coline tourna l’interrupteur en reniflant des odeurs mêlées de maison ancienne, d’âtre éteint, de lavande et de renfermé. Il n’y avait pas de sang visible dehors, déjà recouvert par la neige à son arrivée, aussi les taches séchées dans le couloir la prirent-elle au dépourvu. L’intérieur était rangé et propre si elle ne tenait pas compte de la poussière. Ce n’était pas le sang d’un gibier. Ce n’était pas une question d’intuition, mais une évidence. Coline suivit du regard la traînée jusqu’au fond du couloir, mais elle voulut d’abord ouvrir les portes qui précédaient celle que les taches désignaient.Les pièces, sans surprise, lui montrèrent leur intérieur banal de maison de campagne : une grande cuisine avec table et plan de travail immenses, évier en marbre gris, buffet et placards en bois sombre, un salon avec un canapé recouvert d’un patchwork, cheminée équipée, cellier, réduit, buanderie : tout était outillé, meublé, appareillé d’objets récupérés ou de meubles hérités. La salle de bains avait elle aussi tout comme il fallait, et la première chambre était même parquetée. Coline ôta l’énorme crucifix au-dessus du lit et le rangea à côté d’un journal people tiroir de la table de chevet.Les traces de sang allaient jusqu’à la seconde chambre.

2 commentaires sur « Un froid sec #17 »

  1. Vous excellez dans ces textes de misères crues, nues, banaux, quotidiens,
    des sortes de marronniers, hélas… Un détail du récit m’interpelle, Sorraya aurait été dégagée de sa prison de chair et serait en état de frapper…Hum !

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