Un froid sec #20

extraits, Un froid sec

Romane bec atterrit au bar de saturne après avoir fui un vieil avocat possessif qui lui avait offert feu et lieu dans une région où les toits étaient de tuiles plates et vernissées, et les bocages encore habilement en amitié avec les bosquets.Elle renauda en repoussant un thé imbuvable puis elle racla le fond de son paquet de tabac en coinçant de la poudre sous ses ongles qu’elle cura ensuite avec ses dents.Romane sortit fumer sa roulée à l’angle du bistrot, à l’abri des flocons qui mouchetaient la vue. Elle observait les quelques silhouettes de ces gens qu’elle ne connaissait pas encore et se demanda si elle aurait assez d’élan pour faire son trou ici.Elle écrasa son mégot après quelques minutes dans un bac ensablé et s’engouffra à nouveau dans la salle pour rejoindre sa place.Lulu était assise sur la chaise qu’elle occupait à l’instant. Sa tasse de thé avait disparu.Romane n’avait pas l’oeil amoureux de Samuel-os-de-seiche. Elle voyait donc une vieille tordue comme un clou mal frappé. Des tissus rapiécés la recouvraient dans un style qui montrait son manque d’intérêt pour le soin et l’apprêt, l’ovale de son visage avait fondu dans son cou et des sillons la parcheminaient profondément, mais son regard nom de Dieu, son regard était mauve, et son sourire tapait dans la cuirasse de Romane et réchauffait tout ce qui en elle avait gelé depuis la mort de son fils.Et qu’est-ce qu’elle était belle dans ses vieilles fringues ! Elle portait un carré court au blanc savamment entretenu, seule coquetterie que Romane lui voyait. Cette masse de cheveux devait être douce comme de la soie moulinée. Romane s’assit à la table d’à côté et tira un vieux Tarot de la pochette serrée sous son pull en retenant son paquet de tabac puis elle le déploya d’une main après l’avoir mélangé en rond sur la table, rassemblé et puis coupé. Ensuite elle tira cinq lames et les retourna. Elle se concentrait en massant son front.Thierry mit un CD. Romane reconnut la voix pénétrante et épicée de Madeleine Peyroux et adressa un sourire à son dos en esquisse de remerciement.La pluie dehors fatigua un peu et sur le toit, ne fût plus qu’un balafon qui se mêlait à la nonchalance de Peyroux.La rumeur devint moins soporifique. Romane scruta à nouveau les arcanes devant elle qui redevinrent des oracles.Un incident tout à l’heure avec Cali Bénac et Le-Chien avait bousculé la torpeur ambiante. Un instant trop court dans cette nonchalance sans fin, la scène avait duré le temps d’une bière qu’elle eut envie de boire : Le-Chien s’était faufilé dans le bistrot dans le sillage du clodo et secouait son poil trempé et puant sur deux commerciaux, et les poings allaient succéder aux insultes quand une lame surgit et mit fin à la querelle. Puis le propriétaire du surin replia son joujou et paya un coup au type qui tremblait et sentait plusieurs urines. Personne ne broncha. Les deux offensés quittèrent le bistrot et la chaleur et le fond sonore dominèrent tout, comme avant. Le-Chien refusa de sortir alors on lui fila des croissants pour l’amadouer. Le plaisir de calmer sa faim faisait trembler l’animal, et il souriait de la gueule du mieux qu’il le pouvait pour remercier ses bienfaiteurs. Il alla ensuite se coucher sous le comptoir, comme s’il était d’ici et à son affaire ; un brave chien de garde à la main du patron depuis longtemps.

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