Les Ombres Nomades d’Astrid Waliszek

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Lexpression populaire dit volontiers que l’on ment comme un témoin oculaire. Astrid Waliszek, elle, a l’acuité visuelle d’un milan.

 

« Au loin, un marin marche le long  de la digue, tout près du bord comme s’il jouait avec l’idée d’un vertige, l’oeil vissé sur les moellons de pierre appareillée qui plongent dans la vase lisse et veloutée. J’ai suivi des yeux un moment l’étrange silhouette à contre-jour, grande et un peu cassée, légèrement claudicante — une mèche s’obstine à tomber, il se passe souvent la main dans les cheveux et dans le triangle de son bras levé naît à chaque fois un bout de soleil. Je suis restée un moment à le regarder — j’ai eu vaguement envie qu’il vienne, qu’il continue de marcher ainsi, droit devant jusqu’à moi — qu’il approche, qu’il avance, qu’il me distraie du sourd énervement du jour. Puis j’ai oublié : d’autres marins étaient dans mes pensées, d’autres hommes vivaient dans mon esprit et des lignes distraites ont couru sur la toile, un peu plus intéressantes. C’est toujours comme ça, je n’arrive à vraiment peindre que quand je pense à autre chose. »

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crivaine, documentariste et photographe, elle chorégraphie dans cet ouvrage une danse pour deux cavalières, l’écriture et la photographie.

Si l’image est au cœur de son écriture, c’est pour mieux déployer dans ses proses poétiques et philosophiques des instantanés voluptueux où l’humanité nous est donnée à voir dans les moments fragiles et estimables où elle sophistique ses clichés.

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Parcourir les ombres nomades, c’est vérifier que la beauté est bien dans l’œil de celui qui regarde.

Astrid Waliszek — Ombres Nomades — éd. JFE, 20€ (77 pages)

 

Site de l’éditeur Jacques Flament Éditions

 

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Spoon River — Edgar Lee Masters

Savez-vous que Spoon River, d’Edgar Lee Masters, est un chef-d’œuvre paru pour la première fois en avril 1915 ?

Savez-vous que Le Nouvel Attila réédite cette merveille avec une nouvelle traduction ?

Savez-vous qu’il y a une colline au-dessus de la rivière Spoon sur laquelle il y a un éparpillement de pierres tombales porteuses d’épitaphes par lesquelles les morts parlent et se répondent ?

Savez-vous que cette idée de procédé est inspirée de l’Anthologie Antique ?

Savez-vous qu’il s’agit de prose poétique chez les rednecks au début du XXème siècle ?

Savez-vous que je possède l’édition de 1976 chez Champ Libre dont voici la quatrième de couv’ ?

« Où sont Elmer, Herman, Bert, Tom et Charley, le veule, le fortiche, le clown, le poivrot, le bagarreur ?
Tous, tous dorment sur la colline.

L’un est mort de la fièvre,
l’autre brûlé au fond d’une mine,
l’autre tué dans une rixe,
le suivant a rendu l’âme en prison
et le dernier est tombé d’un pont
en trimant pour femme et enfants.
Tous, tous dorment sur la colline.

Où sont Ella, Kate, Mag, Lizzie et Edith,
le coeur tendre, l’âme simple, la criarde, la fière, la vernie ?
Toutes, toutes dorment sur la colline. »

Savez-vous que je vais m’offrir sa réédition parce que je tiens que c’est un des textes les plus proches de la perfection ?

http://www.lenouvelattila.fr/spoon-river/

Place aux nouvelles, 3 et 4 septembre 2016 à Lauzerte

Je participerai au salon « Place aux nouvelles » de Lauzerte (Tarn-et-Garonne) les samedi 3 et dimanche 4 septembre 2016.

J’animerai également sur place un atelier d’écriture le dimanche 4 septembre à 15h.

http://www.placeauxnouvelles.fr/

Lauzerte

Dehors, recueil sans abri

« Dehors », c’est une anthologie de textes poétiques publiée aux éditions Janus. Dedans, il y a 107 auteurs qui ont écrit sur et pour la rue.
Dehors, il y a des SDF qui crèvent. Dedans, il y a l’association Action Froid parce que les politiques publiques sont insuffisantes. Dehors, il y a une couverture, un bonnet et des gants, des produits d’hygiène et de première nécessité, de quoi cuisiner une soupe pour quinze, une participation à un plein d’essence pour les maraudes, etc. Dedans, il y a les 15€ que vous pouvez leur offrir pour obtenir ces produits indispensables en achetant le livre.

Vous y retrouverez notamment les plumes de Philippe Annocque, Bruno Doucey, Thomas Vinau, Astrid Waliszek, Murièle Modély, Jean-Luc Maxence, Éric Pessan, Francesco Pittau, Fabien Sanchez, Marlène Tissot, Florence Noël, Charles Pennequin, Marie-Josée Désvignes, Jean-Christophe Belleveaux, Isabelle Bonat-Luciani, Brigitte Giraud, Hélène Dassavray, Christophe Bregaint, Éléonore James, etc.

Voici un extrait de mon texte :

« J’attrape un mauvais jour avec la pince à sucre trouvée sous une table d’orientation. Ce n’est pas la première fois que je m’y essaye, et je dois dire que mes précédentes tentatives ont été conclues par des échecs cuisants : les mauvais jours tombaient systématiquement à côté de mes genoux, et leur explosion me secouait jusqu’à la nuit, où de curieux rêves m’empêchaient de récupérer. Alors celui-ci, je le tiens fermement et le glisse dans l’album où il va sécher et perdre toutes ses heures.
Je bois dans la coupe de mes mains l’eau potable d’une fontaine et je recommence à marcher sans attirer l’attention. Avant décembre, les immeubles neufs résonnaient d’échos et de vide entre leurs murs, alors que maintenant, je déglutis pour déboucher mes tympans assourdis par le rien épais de la neige. Le pont gelé perd ses brillants sous les pas de la foule ralentie dans ses chaussures glissantes. Les traces grises et molles mélangent de l’eau sale et le vent enlaidit les visages crispés.
Après trois magasins, une aubette et un kiosque à journaux, il y a une ruelle sur la droite où j’aime aller, et particulièrement dans les hivers durs comme celui-ci. À mi-chemin je m’arrête, et je me plante debout à côté d’un banc trop recouvert pour chasser la neige d’un simple geste de la main. Les flocons recommencent un tourbillon cinglant et j’offre mon visage en tirant sur mon bonnet. J’arrête quand le froid fait presque péter mes oreilles […] »
(La visite)

Vous pouvez vous procurer le livre sur le site de l’éditeur.

Dehors anthologie à paraitre 19 mai 2016

Soutien (renouvelé) à Erri de Luca

Erri de Luca
Erri de Luca dans la matinale de France Culture :
Depuis Rome, Erri De Luca sera l’hôte de la matinale de France Culture, animée par Guillaume Erner, le lundi 5 octobre. Vous pourrez le retrouver à partir de 07h40.
« Cher(e) ami(e),
Nous voulons d’abord vous transmettre un message reçu d’Erri De Luca à la veille du réquisitoire, le 20 septembre : « Merci à nouveau à tous ceux qui m’ont soutenu et qui continuent à le faire ».
Le lendemain, 8 mois de prison ont été requis contre Erri De Luca par le procureur de Turin. Nous sommes abasourdis par les conséquences de la plainte d’une société publique franco-italienne, domiciliée à Chambéry, et en charge du projet de TGV Lyon-Turin.
Erri De Luca, « stupéfait par la différence entre les arguments produits (par le parquet) et ce réquisitoire a minima », s’attendait à pire, le procureur pouvait requérir jusqu’à 5 ans. Comment comprendre cet écart ? Un effet de la campagne d’opinion internationale du mois de mars ? Si les arcanes des pouvoirs restent impénétrables, nos amis italiens remarquèrent que la presse transalpine devint plus équilibrée dans son traitement du procès. Dans la ville où prit place le réquisitoire, le grand journal quotidien, La Stampa, en rendit compte en poussant le souci de la symétrie jusqu’au titre, « TGV, le procureur : « huit mois à Erri pour instigation ». La défense : « liberté de parole ».
Mais, 8 mois, c’est 8 de trop !
L’écrivain a toujours soutenu qu’il parlait au figuré qu’il déclara, au téléphone à un journaliste du Huffington Post italien, « la ligne à grande vitesse doit être sabotée ». Si les hauts fonctionnaires du TGV comprirent cette phrase au sens littéral, qu’y pouvait-il ? En artisan des mots, il eut à cœur de s’en expliquer dans La Parole contraire. Dans un entretien à Lire, il y revint : « C’est un mot qui n’est pas forcément synonyme de dégradation matérielle : saboter, ce peut être faire grève, faire obstruction, mal appliquer un ordre. C’est une formule de résistance civile, qui en appelle à la fraternité. » En vain. La société publique entendait imposer son interprétation littérale des propos d’Erri De Luca, elle fit savoir que, malgré l’ampleur des soutiens aux paroles de l’écrivain, la plainte ne serait pas retirée. Il lui importait surtout d’être représentée à l’audience en tant que partie civile. Devant le tribunal, son avocat, maître Alberto Mittone soutint l’accusation des paroles d’Erri De Luca aux côtés du procureur.
Chacun comprend le message de ces hauts-fonctionnaires : s’ils peuvent « bâillonner » un écrivain, pour reprendre la formule d’Antoine Gallimard, ils n’hésiteront pas a fortiori devant ceux qui ne disposent pas d’une notoriété protectrice.
Qui pouvait penser que, dans une Europe dont les dirigeants manifestaient un an de cela pour la liberté d’expression, on expérimenterait de nouvelles procédures de contrôle de la syntaxe de nos belles langues ? Comment imaginer que nous n’aurions plus le loisir d’écrire métaphoriquement sans risquer d’être déféré à une Police des mots ?
Si, le 19 octobre, l’écrivain n’est pas acquitté, ces questions prendront toute leur force. Peut-on refouler ce vent mauvais ? Une nouvelle campagne d’opinion peut-elle concourir à la liberté d’Erri De Luca et à celle des paroles contraires ? Nous le saurons bientôt. À nous de vouloir.
Merci de diffuser ce message autour de vous.
Merci de faire connaître www.soutienaerrideluca.net qui est réactivé et qui fera le point sur la campagne.
Merci de défendre La parole contraire.
Salut et fraternité. »
Le Comité international de soutien à Erri De Luca, www.soutienaerrideluca.net
REVUE DE PRESSE
23 septembre: Libération.fr : Robert Maggiori : « Erri de Luca ou l’usage de la parole »
22 septembre: LivresHebdo.fr : « Antoine Gallimard solidaire d’Erri de Luca ».
22 septembre: L’Express.fr : « Antoine Gallimard refuse qu’on « bâillonne » Erri de Luca, jugé pour incitation au sabotage.»
22 septembre: Le Figaro.fr : « Lyon-Turin : 8 mois de prison requis contre Erri de Luca ».
22 septembre: La Repubblica : « Sabotaggi No Tav, chiesti 8 mesi per erri De Luca »
22 septembre: La Stampa : « Tav, la Procura : « Otto mesi a Erri De Luca per istigazione ». La difesa : »Libertà di parola »
21 septembre: Corriere della sera : « No Tav, chiesti otto mesi per Erri De Luca : « Istigazione a delinquere »
21 septembre: la Croix.com : « Incitation au sabotage » du Lyon-Turin : huit mois de prison requis contre Erri de Luca ».
21 septembre: L’Express.fr : « Incitation au sabotage » du Lyon-Turin : huit mois requis contre Erri de Luca »
16 septembre: Mediapart : « Pour un monde ouvert, des capsules sonores du Bruitagène en soutien à Erri de Luca ».
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Pendant ce temps, aux actualités

« (…) Impuissants, les policiers finissent par envoyer Bruce Willis déguisé en John McClane négocier avec le terroriste.
Bruce ressort en moins d’une minute de l’épicerie casher, poussant devant lui l’homme désarmé qui n’oppose aucune résistance.
Après l’évacuation des otages et les effusions de circonstance, les flics admiratifs se tournent vers John tétant déjà sa flasque et lui demandent des explications sur son mode opératoire.
« Fastoche, répond sobrement celui-ci, j’ai menacé le preneur d’otages de lui balancer du sang de porc lyophilisé à la tête. Il a tellement eu peur qu’il était même prêt à crier « Je suis Charlie ! »
Puis il prend congé et se met en marche pour quitter la porte de Vincennes. C’est alors qu’un des policiers l’apostrophe :
« Hey, McClane ! Le plus rapide pour aller vers le sud, c’est pas la neuvième, c’est par Central Parc.
– Seigneur… L’avenue du parc est toujours bouchée.
– Qui t’a dit que je prenais l’avenue ? J’ai dit que je prenais par le parc. » 


Die Hard 7, « Une saison en France »