Le Harrison est dans le Gers

LA BUSE TOURNOYAIT EN SPIRALE, à une distance qui permettait d’affirmer qu’elle attendrait en vain. Il suffisait pour s’en rendre compte de pénétrer dans la forêt, d’avancer dans les odeurs de cheval et d’automne et de suivre la courbe du chemin de terre en fixant avec un point de vue autrement intéressant le petit tas de déchets qui dévoilait sa supercherie de fibres et de plastique à mesure qu’on progressait dans sa direction. Anna se moqua de l’emplumé qui prenait ce tas de saloperies pour un tumulus et siffla son chien pour éviter qu’il ne se roule dedans. L’autre raison … Continuer de lire Le Harrison est dans le Gers

L’Impératif numéro cinq

Dans le numéro cinq de L’Impératif, la revue publiée par Jacques Flament Éditions, dix artistes se prêtent au jeu des questions-réponses sur le thème « être artiste et auteur en 2017 ». Mon amie l’écrivaine Astrid Waliszek est du nombre, et c’est avec plaisir que je lui tiens le crachoir. Extrait de nos échanges : A.W : « […] Il n’y avait chez moi que des livres en allemand gothique, au grenier ; la lecture n’existait plus dans la famille, la guerre avait tout détruit. Puis en quelle langue lire ? Chacun dans la famille avait une langue maternelle différente : ma grand-mère … Continuer de lire L’Impératif numéro cinq

Tardigrade de Pierre Barrault

Pierre Barrault — Tardigrade,  éd. L’arbre vengeur ; avril 2016 (127 pages) Pierre Barrault est libraire à Paris. Certes, cette allitération est diablement réductrice et j’en conviens. Mais appeler le tardigrade « ourson d’eau », c’est à mon avis autrement plus maladroit, car il s’agit en ce qui concerne celui-ci d’une contrevérité (cf. la définition du dictionnaire). Pourquoi ? Simplement parce que le tardigrade de Pierre Barrault est en réalité un magnifique McGuffin, fruit des amours de son père pour le cinéma. Est-il pour autant hitchkockien ? Non plus. Ou plutôt, si : le tardigrade est inquiétant par certains aspects et peut selon la sensibilité … Continuer de lire Tardigrade de Pierre Barrault

Palimpseste, pas la sieste non plus

Démarrer son texte, tranquille Émile, parce que ça coule comme à Niagara. Circa 80.000 signes (si, si. Quand tu écris, le signe est bel et bien une unité de temps, donc circa), tu te rases la tête au coupe-ongles parce que tu t’aperçois que ton temps de narration, le passé simple, ne convient pas du tout avec le fond de ton récit. Au temps pour toi, tu réécris tout au présent. Circa 150.000 signes, putain de merde ! c’est quoi ce temps de narration d’analphabète ? Fallait garder le passé simple, connasse ! Au second temps pour toi, tu réécris … Continuer de lire Palimpseste, pas la sieste non plus

Feminae Omega où l’essai transformé

ÉDITO : CE QUI SUIT EST UNE PARODIE. Toute ressemblance avec des revues culturelles contemporaines est sûrement volontaire. L’épanorthose patapharesque de Métah Coni-Sion « Nous menons tous le même genre de vie en alternant station en intérieurs et mouvements à l’extérieur, et le rôle de l’écrivain se borne à mesurer, à chronométrer ces flux plus ou moins pendulaires. » (La Conversation interminable) Après un temps de maturation précurseur d’un mode opératoire qui, semble-t-il, ne tendra pas à se généraliser, l’écrivaine Métah Coni-Sion fait un étonnant retour à la littérature discursive avec une dodécalogie radionique et par là-même vibratoire, au point que cette … Continuer de lire Feminae Omega où l’essai transformé

Dehors, recueil sans abri

« Dehors », c’est une anthologie de textes poétiques publiée aux éditions Janus. Dedans, il y a 107 auteurs qui ont écrit sur et pour la rue. Dehors, il y a des SDF qui crèvent. Dedans, il y a l’association Action Froid parce que les politiques publiques sont insuffisantes. Dehors, il y a une couverture, un bonnet et des gants, des produits d’hygiène et de première nécessité, de quoi cuisiner une soupe pour quinze, une participation à un plein d’essence pour les maraudes, etc. Dedans, il y a les 15€ que vous pouvez leur offrir pour obtenir ces produits indispensables en achetant … Continuer de lire Dehors, recueil sans abri

Éloge de la vertu comestible de l’Enfance de Sarraute

Le mois de janvier est une montgolfière lourdement chargée de laquelle on jette d’un côté les accumulations de l’année qui lui a précédé pour la bourrer jusqu’à la gueule de l’autre main d’affaires soldées et inutiles. Et ma foi, il serait malhonnête de nier que la perspective de ce point de fuite prenant la tangente a son importance dans la vision subjective avec laquelle nous observons ce procédé depuis par exemple le cœur d’une mégalopole — celle-là même dont l’espace polynucléaire poli et mégalo contient des éléments architecturaux qui s’étendent et se rejoignent amoureusement sur de longues distances et qui … Continuer de lire Éloge de la vertu comestible de l’Enfance de Sarraute