Vivons livres — catalogue École des Loisirs

Vous pourrez lire ma participation à la page 88, sous mon nom d’auteur jeunesse — Anne Pym.
Soit en vous le procurant chez votre libraire, soit en le téléchargeant sur le site de l’École des Loisirs.

Dans la période de grandes difficultés sanitaires et d’incertitudes économiques totalement inédite que nous traversons, répondre aux besoins profonds de culture et de lecture est essentiel. Face aux mutations et aux incertitudes de notre société, notre conviction d’éditeur indépendant, mais aussi de libraire, est que notre rôle est d’aider chacun à mieux comprendre, par la lecture, les enjeux actuels, de contribuer à développer l’esprit critique, mais aussi de montrer le beau car le monde du langage reste le meilleur rempart contre les peurs et la violence.Nous avons la chance d’avoir en France un réseau de librairies qualifiées particulièrement dense que la loi sur le prix unique du livre a contribué à préserver, mais que les mesures de confinement ont fragilisé. C’est pourtant grâce à celles-ci et aux indispensables passeurs de livres qui les animent que notre engagement dans le combat pour la solidarité sociale, éducative et culturelle peut, chaque jour, se concrétiser. Mettre à la disposition du plus grand nombre de lecteurs les œuvres des meilleurs auteurs, miser sur la qualité et la durée guide donc plus que jamais les choix de notre maison.Voici quelques années, l’école des loisirs diffusait gratuitement à plus de 350 000 exemplaires un manifeste dédié aux enfants, Lire est le propre de l’homme. Ce livre, toujours disponible, réunissait les témoignages et réflexions de cinquante auteurs de livres pour la jeunesse qui faisaient l’éloge de la lecture et de l’éducation à l’esprit critique – de l’enfant lecteur au libre électeur.Notre maison d’édition a toujours soutenu à la fois la création et les libraires, nos partenaires historiques. C’est donc dans cet esprit et avec la même démarche exigeante que nous vous offrons aujourd’hui le recueil Vivons livres !Près de soixante auteurs – ce sont eux qui en parlent le mieux – y partagent leur amour de la librairie, « cave aux trésors », « espace de liberté », « sloop, brick ou goélette », « île où les paysages varient sans cesse », et disent en mots ou en images l’importance des échanges avec leurs libraires, ces « arpenteurs », « chasseurs de mots » et « magiciens » qui sont notre « famille » et qu’heureusement aucun algorithme ne saura jamais remplacer.

Louis Delas

Philibert, l’ami invisible ~extrait audio #1

Voici, pour mes jeunes lecteurs, l’enregistrement audio du premier chapitre de Philibert, l’ami invisible. C’est un roman jeunesse encore inédit dans lequel Philibert, une créature imaginaire, est apparu dans la vie de Charline quand elle a exprimé très fort le souhait d’avoir un petit frère.
De multiples aventures les attendent, car Philibert a une mission à accomplir.

Les saisons de Koumi

Album 3-6 ans :
***

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© Francesco Pittau

Un jour d’avril, Koumi se promène dans un dessin de printemps. Il en est si content qu’il chante à tue-tête

au milieu d’une prairie kaki.
 Les grandes personnes rouspètent :
« Quel malheur ! Tout ce gazon qu’il faut couper. »
Mais Koumi, tout ce qu’il voit,
ce sont des haricots magiques et des petits pois.
 Il demande alors au farfadet
qui a semé tous ces légumes.
L’esprit follet montre l’océan
et Koumi enfin comprend :
Les sirènes les offrent en cadeau
contre des algues à livrer par bateaux.
 *
Un soir de juillet, Koumi rebrousse chemin
dans un dessin d’été.
Il en est si content
qu’il sifflote de jolies notes
au milieu des champs dorés.
Les jardiniers s’exclament :
« Quel bonheur ! Tout ce bon blé qui a poussé. »
Mais Koumi, tout ce qu’il voit,
ce sont des pépites et des trésors.
Il demande alors au renard
s’il a jeté tous ses avoirs.
L’animal montre la nuit
et enfin comprend Koumi :
Les étoiles pleurent de l’or
quand le jour les endort.
 *
Un après-midi d’octobre, Koumi se perd
dans un dessin d’automne.
Il en est si inquiet
qu’il n’admire pas les jolis rouges
au milieu des fougères fardées.
Les parents s’épouvantent :
« Quel malheur ! Tout ce vent, c’est lui qui nous l’a enlevé.»
Mais Koumi, tout ce qu’il voit,
ce sont des noisettes et des glands.
Il demande alors à l’écureuil
s’il compte bientôt en faire provision.
Le rongeur montre le chemin
et Koumi comprend enfin :
Les graines laissées font un trajet
qui reconduit à la maison.
 *
Un matin de janvier, Koumi se réveille
dans un dessin d’hiver.
Il en est si content
qu’il danse la zumba
au milieu du paysage tout blanc.
Les enfants s’écrient :
« Quel bonheur ! Toute cette neige qui est tombée. »
Mais Koumi,
tout ce qu’il voit,
ce sont des perles et des diamants.
Il demande alors au hibou
s’il a jeté tous ses bijoux.
L’oiseau montre le ciel
et Koumi comprend enfin tout :
Ce sont les nuages dodus et gelés
qui ont craqué tous leurs colliers.

Alice de Poncheville — Nous, les enfants sauvages

Alice de Poncheville, « Nous, les enfants sauvages » — éd. l’École des Loisirs (collection Medium) — 2015

9782211221986-0-2703710J‘ai découvert l’écrivaine Alice de Poncheville il y a une poignée d’années dans un salon du livre. je ne sais plus si je m’y trouvais en tant qu’auteure invitée ou bien si j’aidais là des libraires à « tenir le stand », mais je me souviens bien de ma rencontre avec elle, Alice.

Avez-vous déjà eu un coup de foudre sur un prénom, un port de danseuse, une voix grave, un pli nasogénien ? Moi, oui. Un coup de foudre prémonitoire. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je me suis emparée mécaniquement des livres en majesté sur les piles et je suis rentrée à la maison avec quatre ou cinq de ses œuvres. Que je me suis empressée d’oublier par manque de temps puis par manque de visibilité car j’ai la manie de ranger au fur et à mesure les livres que j’achète dans les rayonnages de ma bibliothèque pour le plaisir de fureter avant de les retrouver. (Quoi ? oui, bien sûr que je lui ai parlé. Mais la timidité me faisant souvent imiter le cri de la patate écrasée, mes rares grommelots se sont écrasés au sol.)

Ses livres, donc, disais-je, sont restés à l’auberge de la tranche tournée pendant quelques mois.  C’est en cherchant une nouvelle lecture à démarrer que je suis tombée à nouveau sur ses livres issus des  collections Mouche, Neuf et Medium de l’École des Loisirs. Je lis le premier : enchantement. Le second : jubilation. Et ainsi de suite. Nom de Dieu, mais quelle ânesse je faisais ! j’avais un trésor à domicile et ne le savais pas. Je détenais un magot à mon insu et je pouvais y accéder sans carte ni pendule.

C’est d’autant plus précieux pour moi que je suis affligée d’un handicap : la littérature jeunesse du XXIème siècle me parle moyennement. Je devrais sans doute le dire de façon moins abrupte, mais c’est la vérité, et c’est autant ennuyeux que pour un musicien de souffrir de misophonie. Du coup, ces livres me font tous globalement le même effet et j’ai l’impression d’y trouver toujours les mêmes thèmes de société avec les mêmes éléments langagiers et la même syntaxe. Les phrases sont courtes avec à peine assez de place à l’intérieur pour un « sujet-verbe-complément », le temps de narration est systématiquement au présent de l’indicatif, et il faut croire que les petits lecteurs d’aujourd’hui sont plus égocentrés que leurs aînés,  puisque les éditeurs semblent affirmer avec leurs publications que cette jeune génération comprend le sens d’un texte uniquement si le personnage principal est désigné par un pronom personnel à la première personne du singulier. « Je m’appelle Machin.e. J’ai 7/9/12 ans. Mon petit frère a un cancer. Maman fait des ménages pour compléter son R.S.A. Papa a un petit copain. Ma prof a une haleine de poney. Je pète des fois sous la douche et mon meilleur ami veut monter un bar à sushis en Pennsylvanie. Miroir, mon beau Narcisse… Je caricature, certes, mais vous voyez de quoi je parle.

Heureusement, par intermittence, je m’enivre de bonheur en lisant des exceptions comme Éric Pessan, Marie Chartres, Olivier de Solminihac, Florence Seyvos, Nathalie Kupermann, Christian Oster et, donc, Alice de Poncheville.

Poncheville a une écriture naturaliste, poétique et musicale. En France, nous avons deux catégories d’écrivains qui fusionnent peu souvent : celle des conteurs et celle des stylistes. Comme si les fées se montraient parcimonieuses au-dessus de leur berceau à la naissance de leurs tapuscrits. Poncheville, elle, n’a pas reçu le don. Elle est née avec. Magicienne, guérisseuse, sourcière, ses potions et ses formules font mouche dans « Mon Amérique », « Je suis l’arbre qui cache la forêt » ; « La fille du loup maigre » ; « Le hêtre vivant » ; « Le don d’Adèle », etc.

Son dernier roman, Nous, les enfants sauvages, trouve le moyen d’être encore mieux abouti. C’est l’histoire d’enfants perdus, d’orphelins, thème que l’on a adoré lire sous les plumes d’un Dickens ou d’un James Matthew Barrie au siècle dernier. Les enfants de Poncheville pourraient leur ressembler, mais ils sont du XXIème siècle et par conséquent ils évoluent dans une dystopie écologique car voyez-vous, ils doivent se colleter avec les problématiques de leur époque.

Voici le synopsis proposé sur le site de sa maison d’édition :

« Une fois la drôle de bête glissée dans son sac, Linka songea qu’elle allait peut-être s’attirer de gros ennuis. L’article 1 était explicite : toute personne en contact avec une vie non humaine devait l’éliminer. C’était ainsi depuis que l’épidémie de PIK3 avait décimé la population et provoqué l’abattage de tous les animaux du pays.
Non humaine, la bête l’était assurément, mais de quel animal s’agissait-il ? Même dans les vieux documentaires animaliers qu’on leur montrait à l’orphelinat, Linka n’avait jamais croisé ce drôle de poisson aérien qui changeait de forme à volonté. Elle l’avait appelée «Vive » et, malgré la surveillance constante dont elle faisait l’objet, la jeune fille était parvenue à la cacher.
Avec Vive à ses côtés, Linka se sentait étrangement plus forte et capable d’affronter les menaces qui l’entouraient : Mme Loubia et le professeur Singre, prêts à« reconditionner » Linka au moindre faux pas ; les Brigades vertes et les Fantassins, toujours à l’affût des déserteurs et des rebelles ; et ce mystérieux Docteur Fury, un vagabond qui cherchait à récupérer Vive… »

L’auteure menace le lecteur d’un avenir très plausible. Par conséquent, il s’approprie immédiatement l’histoire de Linka en la faisant sienne page tournée après page tournée. Cette histoire a commencé « dans le aujourd’hui » du lisant et la  catastrophe se produira « dans son demain ». Ce texte est politique dans le sens étymologique du terme, écologique et délicieusement subversif. Il est un appel discret à la désobéissance et à la révolution par la jeunesse.

L’agroalimentaire, les élevages intensifs et les phytosanitaires ont conduit par les abus délétères des entreprises et de l’État à la propagation d’un virus qui a décimé la population. Le gouvernement  a fait enfermer les orphelins dans des Maisons des Enfants numérotées et décimer toute vie animale pour endiguer la contamination. De nouveaux emplois ont été créés pour s’adapter à cette destruction massive.

Les enfants sont dressés à obéir sans esprit critique, sans culture, sans mémoire, sans histoire, sans amour. Il faut toute la douceur et la pudeur de la plume de Poncheville pour en être bouleversé sans qu’elle ait recours à l’hyperbole ou d’autres formes de démonstration excessives, ce qui empêche le lecteur de mettre une distance et l’implique corps et âme dans cette magnifique aventure qui est aussi un précieux roman d’apprentissage.

Linka, en rencontrant Vive (= vivere), va découvrir sa part animale et la force et le potentiel de tous les animaux. Elle va commencer à désobéir puis à entrer en résistance depuis l’intérieur, sans savoir que des groupes souterrains ont démarré la révolte en organisant une société parallèle qui ouvre les yeux des enfants se joignant à eux.

« Tandis que Linka reprenait son souffle, Vive frissonna, fit volte-face et  vint se coller dans le dos de Linka. Une chaleur  étonnante coula alors le long de sa colonne vertébrale puis dans tous ses os, jusqu’au bout de ses mains et de ses pieds. Sa vision changea brutalement, les herbes grossirent, les mouches quadruplèrent de volume, le pré sembla s’élargir. Ses membres prirent une force qu’elle ne soupçonnait pas. Son cou bougea puissamment comme l’encolure d’un cheval. L’air pénétrait dans ses narines, les transformant en naseaux frémissants. Linka huma les odeurs variées des herbes, toutes plus délicieuses les unes que les autres.  Les muscles de ses cuisses se tendirent et, d’une détente, ils la propulsèrent à deux mètres. Linka frémissait comme un cheval, pensait comme un cheval, elle était même tout entière devenue cheval. Un cheval longtemps endormi sous sa peau s’éveillait dans son corps de jeune fille. (p.114-115) »

Sa petite sœur Oska est de ceux-là, qui va rejoindre un groupe de résistants et exprimer pleinement son goût pour la flore et ses vertus thérapeutiques. Leur ami Milos, troisième héros et témoin de cette histoire, est le personnage que Poncheville a affligé du conflit de loyauté digne de  ceux que vivent tous les enfants. Il tardera à ouvrir les yeux et c’est son héritage familial avec son lot de « vérités » qui l’aideront à faire des choix et à prendre sa place.

L’importance de connaître l’Histoire et de connaître son histoire, la transmission par les anciens (avec leur éthique et leur secours), savoir d’où l’on vient et partant de là quels choix opérer est également un des moteurs et une des clés de ce roman dont le suspense et les aventures intimes aussi bien que politiques des trois jeunes héros raviront aussi bien les adolescents que les adultes.

***

Ce qu’ils en disent :

Bob et Jean-Michel

Les sandales d’Empédocle

Saefiel

Les mots de la fin

Toute la culture

Marie B.

Adepte du livre

Un chat, deux oiseaux, une douche

Deux fauvettes
Ont sur la tête
Une petite tache humide et grasse
Que le soleil peine à sécher.

Ça les embête
Mais comment faire
Pour se laver
Sans faire trempette ?

La première est très touchée
Et se frotte avec ardeur
De la calotte jusqu’au bec
À un gros éclat d’écorce
Tombé de la branche
D’un noyer.

La seconde, juste effleurée
S’offre au souffle d’un enfant
Qui fait tourner
Mieux que le vent
Une éolienne chamarrée.

C’ est le crachat
D’un gros chat
Qu’elles ont reçu
Sur la tête
Un matou vieux et lent
Qui ne chasse plus
Qu’en tremblant.

Alors il guette
En haut des arbres
À l’affût du moindre oiseau
Et fait pleuvoir des postillons
Qui touchent parfois
Des oisillons.

Poésie jeunesse, extraite du recueil « Comme un coup de patte sur la truffe »


Éryk Lipinski


Illustration : Éryk Lipinski