L’incipit, tu l’aimes ou tu le quittes

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Je crois que je démarre un nouveau roman jeunesse (alors que j’ai d’autres romans à terminer sur le feu), mais j’ai des phrases qui me viennent sans que j’aie encore le début de la queue d’une idée de mais bon sang ! mais quel sera le sujet de ce texte ? Je dépose celles-là ici pour ne pas les mettre à la corbeille, puis je les exhumerai ultérieurement. Ou pas…

CE MATIN, SOLAL N’EST PAS VENU au collège car il dit que son père a la grippe. La semaine dernière, il avait déjà manqué deux jours au motif qu’il l’avait tué avec un  marteau-piqueur. Or, ça se tient, car quand on est mort, on a les défenses immunitaires qui baissent, donc, on s’enrhume plus facilement. Et comme par-dessus le marché il a un cancer (son père, pas Solal), je crois que c’est pour cela que la mère Lacapelle lui fiche la paix.

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Une concrète de senteurs

Olivia de Aivilo
Réveillée à 6h15 par le tonnerre. Il pleut la pluie dont on croyait qu’elle arriverait hier.
Hier, à Masseube, j’ai marché dans le bois de l’Ile d’Ager. Son chemin principal est étroit et sinueux et bordé de noisetiers et de chênes, comme il se doit dans une image d’Épinal. Tout ce que tu frôles ou empoignes est une concrète de senteurs.
Une rivière encaissée coule en contrebas : tu sens combien elle te domine et c’est aussi pour cela que tu dois baisser les yeux pour l’observer. Tu chemines dans la fraîcheur du microclimat offert par les haies parallèles des arbres centenaires. Tu avances dans leur étreinte et tu as conscience de fouler une verdure encore préservée d’une quelconque menace. Tu souris bêtement parce que tu es dans le mois où tu penses que des gens donnent une forte somme d’argent pour venir se reposer ici, et au bout du chemin tu tournes à gauche pour ramasser des légumes au potager, celui que le propriétaire te prête parce qu’il se sent un peu « fatigué » cette année.
Oui, au passage tu as dérobé des grappes de raisin blanc qui débordaient sur la rue depuis le jardin d’un voisin habile à faire pousser tout ce à quoi on pourrait ne serait-ce que prêter vie.
Chaque saison — même si elles sont de moins en moins marquées, reste encore différente, et tu ne sais pas qui remercier pour cela mais tu le formules tout de même silencieusement. Tu le fais machinalement et ce n’est même pas conjuratoire. Tu es simplement reconnaissant et tu prends ce qui est offert à tes pas avec la parcimonie de qui sait qu’en ces lieux rien n’est dû, mais qu’il est tout de même de son devoir de passer sans troubler l’ordre aléatoire qui de toute façon sera dérangé par l’orage à venir, et c’est déjà bien assez.

La recette du loup aux marrons bruns

Extrait d’un texte jeunesse en cours d’écriture (album 3-6 ans) :
Illustration : Thanh Portal
« L’automne est arrivé tout près de la maison de Georges. Comme chaque année à partir du mois de septembre, il raccourcit les jours et met des lumières de bonne heure dans la ville.

Il a apporté avec lui du rouge, du jaune et du orange qu’il a lancés sur les feuilles des arbres, des champignons qu’il a éparpillés un peu partout dans les bois, des marrons bruns, des figues, du raisin, un peu de pluie pour sauter dans les flaques, et surtout un vent mauvais qui souffle de toutes ses forces sur les toits et sur la campagne. Les oiseaux ont du mal à voler et les écureuils patientent au chaud au creux des troncs d’arbre.

Georges est obligé de rester à la maison avec ses amis. Pourtant, il aurait préféré jouer dehors, mais la tempête souffle vraiment trop fort (…) »