Annie Saumont (1927-2017)

Annie Saumont, Mum a dit, extrait de « Les Croissants du dimanche » – éd. Julliard, 2008 (p.77-79) « De quoi ils se mêlent, elle a dit, en rogne. Ceux-là du gouvernement. On pourra plus fesser les gamins y a du progrès. On se crève à les élever et ces messieurs font des lois pour RETENIR LE BRAS TROP PROMPT À FRAPPER. Prompt ? Barny, regarde dans le dictionnaire. Des enfants meurent sous les coups. La belle blague. C’est pas mortel la fessée. Moi je trouve que. Moi j’aime pas. Même si Mum me commande jamais d’enlever le slip. Sa main est dure. … Continuer de lire Annie Saumont (1927-2017)

Un entretien, quelque part dans la chaleur de l’été

Crédit photo Vivian Maier Juillet avait sorti ce qu’il avait de plus laid et donnait des airs de vide-grenier sauvage au quartier sud de New-York. La vulgarité des lumières, la saturation ostentatoire des couleurs et la nonchalance calculée des citadins attiraient et repoussaient les touristes vacanciers comme un ressac ; une chaleur de fournaise cuisait les poissons — dont la plupart dira-t-on l’été suivant se retournèrent ventre en l’air dans l’Hudson River — et même, à la nuit, certains groupes d’oiseaux migrateurs semblèrent vouloir renoncer à leur trajet pendulaire.On ne sortait plus que par nécessité. La upper middle class avait … Continuer de lire Un entretien, quelque part dans la chaleur de l’été

Un festin en hiver

Le regard préoccupé de Clara Guillaume ajoutait un filtre troublant à la découpe des rues et des habitations de la ville où elle avait rendez-vous.V. somnolait sous des congères fraîches et un épais vernis de glace, et pourtant les maisons les plus anciennes ne sentaient plus le vieux mur mais puaient, l’urine des chiens était plus âcre encore, et des relents de vin, de bière et de sangria s’accrochaient et collaient un peu partout, circulaient et caressaient même les corps comme des tissus humides et écœurants.La femme, nouvellement arrivée, avait le nez saturé et cherchait ce qui provoquait ce changement … Continuer de lire Un festin en hiver

L’ombre a tourné #2

 A l’époque où j’ai  écrit ce texte, j’aurais aimé trouver cette illustration de Luc Lamy pour l’accompagner : Luc Lamy J’ai du mal à décrire ce moment où William Cosne a décidé de ne plus venir nous voir. Je visualise à peine le gros insecte noir à cause du soleil d’automne rasant le mur derrière son visage tourné. Et puis, la trace laissée sur le crépi après le bruit sec et mou de son espadrille était légère, alors pourquoi ne pas dire que c’était tout autre chose : le ricochet d’un caillou de l’allée après une marche arrière un peu … Continuer de lire L’ombre a tourné #2

L’enceinte

Marthe m’agace. Je pense que je le lui dirai un jour. Je ne fuis pas, je reviens toujours et elle n’est jamais tant amoureuse qu’au bord d’un supposé drame. La dernière fois qu’on a couché c’était silencieux et sans joie, mais nous recommencerons tacitement, parce que c’est dans l’ordre des choses. En m’habillant pour sortir sa voix a tenté de me cravater d’un cri plaintif et elle m’a dit que j’étais un fouteur de camp sédentaire. Qu’elle l’acceptait parce que ça me faisait revenir dans ses draps. Elle a peut-être raison, et je n’insisterai pas là-dessus tellement j’ai besoin qu’elle … Continuer de lire L’enceinte