Tenere non potes, potes non perdere diem

La mémoire est une rivière changeante
Que certains souvenirs
Remontent depuis sa source
Parfois bien loin
En amont
Du point où on les attend.
L’appel
Qui meut ces drôles de saumons
N’est pas plus impérieux
Que celui de leur l’instinct
Et pourtant,
Le bénéfice engendré
Par la réussite de leur périple
Peut être espéré
Avec davantage de ferveur.
Et si, par exemple,
L’astucieuse mouche qui les fait accourir
Est le printemps grandiose
Qui s’avance,
Alors les plus ténébreux
Perdront
La nocuité de leur poison.
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Injonctions aux topinambours

Mangez sans clous ni vis
Urinez en pointillés
Soyez bissextiles
Touchez-vous avec le calendrier lunaire
Froncez vos idées
Signez moins fort
Euphorisez vos cadavres
Vapotez vos rêves en terrasse
Consommez sans filet
Enfantez en faisant le poirier
Électricité et gaz à tous les étages
Et mon cul sur la commode.
*
*
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Éditions du Chêne – 1987 – Mikhaïl Anikst

 

 

Jour béryl

Il y aura des oiseaux de nuit
Au bec poudré de sucre glace
Et des amants repus de cris
Qui les laisseront tantôt sur place
Il y aura des sourcières aqueuses
Et des puisatiers hydrophiles
Qui échangent des promesses neigeuses
Quand leurs mains tiennent jusqu’en avril
 
Il y aura des jours béryl
Des jours topaze et des jours quartz
Il y aura des jours sans pluie
Où l’on s’ennuie sans son Gary
Des étincelles d’artificières
Qui vous invitent à orpailler
Leurs étroits bayous aurifères
 
Il y aura une alchimie
Des corps épais et des formules
Magie rubis et cœurs compacts
Si tu sais bien coter mon pacte
Puis feu et extrême hydrorhhée
Si j’attise nos échauffourées
Il y aura des aphorismes
ânonnés dans des montgolfières
Quand on mordille une bouche rieuse
On amende un désir d’argile
 
Il y aura l’air saturé
D’une capiteuse brume follette
Quand gravité et bonne humeur
Bordent la carrée de nos hommages
Puis il y aura entre nous
L’instant que j’attends craquettante
L’heure où tu bibardes à ma fourche
La graine de sarrasin doucette
Dont tu exprimes le mucilage