Note de lecture : « Poisson-chien » (Laurent Rivelaygue)

Ce livre est en bonne place dans ma bibliothèque, et je suis bien contente de lire la recension du libraire de Charybde à son sujet :

Charybde 27 : le Blog

Road novel presque immobile, sanglant et excité, insensé et jouissif en diable, autour d’un poisson qui doit rester chien sous peine du pire.

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JE RAME.
HUIT MILLE TROIS CENT TRENTE JOURS, CINQ HEURES, TRENTE-HUIT MINUTES QUE JE RAME. TRENTE-NEUF MINUTES.
Le tour du monde à la force du poignet. Galérien de la houle quarante minutes j’ai traversé les océans, essuyé les pires tempêtes, échappé à un cachalot sodomite, tutoyé une plate-forme pétrolière saoudienne dont l’équipe partageait également son temps à forer dans la mer de Chine et à chignoler dans les bordels thaïs… J’ai même sympathisé avec un vieux congre qui avait sillonné toutes les mers du globe et baragouinait une soupe de langues aussi disparates que peu mélodieuses, une tour de babel effilée comme un sabre, découpant les eaux tièdes d’un mouvement de queue métronomique qui n’était pas sans m’évoquer… Non, rien.
Quarante et une minutes. Il faut…

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Un froid sec #10

Quartier nord
« […] Iago ■ Il avait entendu que dans les grandes villes, des migrants envahissaient l’espace public sans autorisation. Qu’ils dormaient à même le sol et qu’ils pissaient n’importe où.
Iago faisait toujours pipi assis pour ne pas salir la lunette et avait du mal à s’endormir quand il n’était pas dans son propre lit.
Il supposait qu’un migrant était à peine plus haut que lui, qu’il le dépassait peut-être d’une courte tête, mais pas plus. Qu’on les appelait « migrants » pour cette raison, et qu’ils faisaient la même taille que leurs enfants.
Il y avait des étrangers à Villebasse. Ils vivaient dans des maisons et dépassaient largement leurs enfants. Donc, les migrants étaient autre chose encore que des étrangers.
Iago aurait bien voulu croiser leurs enfants rescapés de la mer pour savoir à quoi ils aimaient jouer. Il avait entendu dire qu’il ne fallait pas leur donner à manger. Mais Iago donnait du pain aux pigeons alors que c’était interdit, alors s’il croisait un migrant, il lui donnerait du pain pareil.
Il marcha le long du canal en baissant la tête contre le vent. Les prunus sortaient de minuscules  bourgeons sous un ciel borné. Il pensa que ce serait une bonne idée d’en couper bientôt pour Camille. Que les filles, si tu leur offres des fleurs, tu peux leur glisser plus facilement un doigt dans la fente. Les dessins des toisons qu’il fournissait à coups de stylo noir lui vinrent à l’esprit et il baissa davantage la tête. Il traversa l’avenue Foch sans savoir où mener ses pas ensuite, mais il avait dit à sa mère qu’il voulait mettre le nez dehors, alors il était sorti. Sans but. Ne joue pas au petit mec avec moi, avait-elle réagi, mais il ne voulait plus qu’elle le commande à sa guise.
Il se faufila à l’improviste dans l’espace entre deux maisons et arriva devant un carré non clôturé entre les jardins. Le Chien, qu’il rencontrait pour la première fois, était assis et reniflait quelque chose sur le sol. C’était un lérot mort. Sûrement tué puis balancé d’une des maisons. Le Chien l’aperçut à son tour et mesura son approche en remuant la queue.
« Donne ! » lui dit Iago. Et Le Chien obtempéra comme s’il avait toujours été à sa main.
Le lérot gisait sur le flanc. Son pelage était intact. Le garçon en déduisit que c’était la peur qui avait arrêté son cœur. Le Chien se retira en laissant la proie aux pieds du gamin fasciné qui se demandait si une grande frayeur pouvait tuer aussi les humains, ce qui, si cela s’avérait, ne faisait pas son affaire.
Iago s’accroupit au bord de la petite dépouille, coudes sur les cuisses et poings sous le menton pour le regarder à son aise. La petite bête n’avait pas senti sa mort. Le garçon revit les images des noyés au milieu des hors-bord des sauveteurs, celles que sa mère n’avait pas eu le temps d’évacuer en brandissant la télécommande. Elles l’avaient bouleversé durablement alors qu’ici, il scrutait sereinement le corps de l’animal. Il découvrait que l’émoi face à la mort était à géométrie variable en fonction de la nature de ses victimes.
Il glissa une paume sous le lérot et ouvrit le haut de son anorak à capuche. Puis il se redressa lentement et ferma les pressions sur la bestiole avec précaution […] »

Un froid sec #9

« […]Miral chaussa de grosses bottes, se vêtit d’un épais manteau qu’elle éclaira d’une écharpe en tricot et sortit.  Elle profita du carburant de sa colère pour  marcher vers le troquet de ses parents à grandes enjambées. Quitte à trouver le corps sans vie de Dwaine à son retour – une promesse qu’il ne tenait jamais – autant avoir passé du bon temps juste avant avec des gens simples qui savaient la faire rire. Qui a dit que pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient ? Peu importe, Miral était en train de le vérifier.

Dans le quartier nord de Villebasse, les bâtiments principaux semblaient agencés au petit bonheur la chance  : il fallait se rendre dans la zone périphérique pour poster son courrier et le Syndicat d’Initiative s’ouvrait au public à l’étage d’un immeuble perdu au bout d’une impasse dans un quartier résidentiel. C’était donc étonnant de trouver le bistrot de ses parents sur la place des Barons Couchés. Son nom, TERMINUS, était peint en blanc sur un fronton à la forme sobrement triangulaire, et il était bel et bien situé en face de la gare.

Miral s’engouffra en tapant des pieds. La vieille neige se détacha des semelles et fondit en flaques boueuses sur les traces encore humides des clients qui l’avaient précédée. Les viandes en commande occupaient le feu de la cheminée centrale. Les odeurs de soupe, de grillade et de fromage accueillaient d’abord, mais les patrons suivaient de près. Des têtes de gibier et des fusils ornaient les murs et deux râteliers à foin métalliques contenaient divers objets pas toujours en rapport avec le milieu de la restauration. Thierry et Chantal Frémont accueillaient la clientèle uniquement le midi et fermaient le soir. Les voyageurs sortant de la gare à l’heure du souper, eux, devaient remonter l’avenue Montmourin sur huit cents mètres pour dîner dans un restaurant plus conventionnel et hors de prix. Le couple se moquait du manque à gagner ; il préférait se réserver ses soirées. L’interdiction préfectorale de vendre de l’alcool en semaine après dix-sept heures les favorisait heureusement dans ce choix inhabituel et risqué. Miral salua les habitués d’un bonjour, d’un sourire ou d’une bise selon qu’ils étaient loin ou pas de la petite table où elle avait choisi de s’asseoir. Elle éteignit son portable, déroula son écharpe et ouvrit son manteau qu’elle conserva le temps de se réchauffer. L’endroit n’était pas cossu mais chaleureux, lambrissé comme un chalet de montagne et recouvert par endroits de tissu d’ameublement rouge sombre, une couleur qui revenait en motifs brodés sur les nappes et les serviettes. De quoi rappeler aux clients qu’on était ici pour le boire et le manger, argumentait sa mère qui dirigeait la cuisine. Le concept était simplissime : un menu unique que le client découvrait en s’installant à sa table, et une ambiance familiale pour que les travailleurs aient l’impression d’avoir eu le temps de rentrer chez eux à leur aise pour déjeuner. Miral anticipa un soupir de plaisir en voyant arriver le plat principal. Elle venait de descendre un gaspacho d’avocat et de céleri en buvant directement à la verrine. Son père déposa devant son ventre avide une cocotte de lentilles au jambon de montagne. Elle imagina Dwaine attablé au même moment devant des nouilles au beurre mal cuites et apprécia chaque bouchée avec gratitude. Cécile Cazard à une table voisine torchait son assiette avec de gros morceaux de pain. « — Thierry, dis à Chantal que je l’épouse ! Sa cuisine est à mourir de joie, comme d’habitude. »  « — Ta gueule, sale gouine ! Elle est à moi, je me la garde. » Un homme accompagna le patron de son rire. Miral sursauta en identifiant Melville. Les gens connaissaient sa relation passée avec lui. Il était avec sa compagne du moment. il ne s’était jamais affiché avec Miral, mais on avait su quand même. Ce type qui poussait ses études pour devenir technicien de réseaux informatique lui avait donné beaucoup de plaisir. Y repenser agaça son bouton et elle serra le périnée pour en diminuer les chatouillis […] »

Extrait d’un roman en cours.

Un bref extrait du Voyage égoïste de Colette

 » Aujourd’hui, il pleut si noir, et c’est tellement dimanche que je fais, avant que tu l’aies demandé les trois signes magiques : clore les rideaux, allumer la lampe, disposer sur le divan, parmi les coussins que tu préfères, mon épaule creusée pour ta joue, et mon bras prêt à se refermer sur ta nuque. »

Colette, Le Voyage égoïste

Annie Saumont (1927-2017)

Annie Saumont, Mum a dit, extrait de « Les Croissants du dimanche » – éd. Julliard, 2008 (p.77-79)

avt_annie-saumont_4249« De quoi ils se mêlent, elle a dit, en rogne. Ceux-là du gouvernement. On pourra plus fesser les gamins y a du progrès. On se crève à les élever et ces messieurs font des lois pour RETENIR LE BRAS TROP PROMPT À FRAPPER. Prompt ? Barny, regarde dans le dictionnaire. Des enfants meurent sous les coups. La belle blague. C’est pas mortel la fessée.

Moi je trouve que. Moi j’aime pas. Même si Mum me commande jamais d’enlever le slip. Sa main est dure. Pourtant sa main est douce dans les caresses. Quand Mum a pas de problèmes. Quand elle en a ça tombe. Paraîtrait que je suis un gras ça veut dire quoi, je pèse pas lourd. Elle dit, Oui, voilà ce que tu es, non c’est pas le contraire d’un maigre. Elle dit, Cherche dans le dictionnaire. Elle assure que le dictionnaire ça rattrapera le temps qu’elle a perdu autrefois à traîner dans les parcs publics avec un gars qui lui a fait louper son exam d’entrée en section A. Pour ça que « prompt » elle sait pas. Promotion prompt promulgation — je me balade dans la colonne. Prompt y’a « pt » à la fin. Cool, le « pt » pour finir.

Mum a dit, Au soutien scolaire on m’appelle Mrs. Dawson. Pas Linda comme dans notre bâtiment qu’est une épave. Mrs. Dawson (dit la fille à lunettes, celle qui parle très bien), voyez-vous, ce petit – ( pas si petit, et il changera il tient de son père, Mum bougonne) – voyez-vous, qu’a insisté la fille, il ne devrait pas être encore avec ceux de la classe 3 qui savent à peine lire. Il a de l’intelligence et de la curiosité. Mum a dit, Va expliquer ça, toi, la mère, à l’instit qui décide, ou bien au Board of Directors. Et puis mon Barny tient à rester dans cette classe, cause qu’il mate par la fenêtre la piscine de l’école en face (collège Sainte-Mère-de-Dieu avec seulement des filles), vu qu’il est asthmatique ça l’aide à respirer, qu’il dit. Le jour où il m’a sorti ce discours – Mum a dit – je lui ai foutu une torgnole, j’avais les nerfs embobinés, T’as rien de plus urgent que zyeuter les gonzesses ? À poil ou presque. Hey, qu’il prétend, c’est pas les filles qui l’intéressent, il jure ne regarder que l’eau qui est comme la liberté, il dit que même à voir de l’eau dans un bassin ou une cuvette ça le soulage — Maintenant avec cette loi nouvelle il m’exposera toutes ses histoires de môme sans que je tape pour qu’il arrête quand j’en ai plein les oreilles de ses raisonnements débiles, plein le dos du gamin.
Mum a continué, plus accommodante, Bon, ces gens du gouvernement ont pas vraiment tort, un gosse est pas cap’ de se protéger tout seul. Y a dans le quartier une femme avec enfants qui exagère. Sa mère, elle est trop xagère, qu’il bafouillait mon Barny . C’était à la maternelle. Son copain à mère trop xagère il avait pris une de ces roustes – Le mien j’oserais jamais le frapper de la sorte, juste une fessée par-ci par-là. Le cul c’est souple ça casse pas. »

Le corbeau

***« […]Les gens arrivaient à Villebasse plutôt à la nuit quand ils emménageaient du côté des Marettes mais quelques-uns, pas beaucoup, débarquaient aux aurores pour rejoindre les rupins du quartier nord.
***L’hiver attirait les sans-grade qui venaient à la cloche de bois, leurs maigres affaires sanglées sur le toit de leurs Scenic d’occase. Les enfants se tripotaient déjà mais suçaient encore leur pouce tandis que leurs vieux s’abonnaient à Netflix et surfaient sur Meetic sitôt le compteur réarmé.
***Aux Marettes, on croyait que le nord de la ville vivait de fonds de pension et d’impôts légalement impayés. Les habitants du nord, eux, affirmaient que les cassos des Marettes se terminaient à la bière tiède entre un loto et un vide-grenier.
***Villebasse ne triait pas et serrait ses habitants sous ses pattes de louve. Samuel Os-de-Seiche avait pensé à partir. Les Courtois aussi. Les Garcia au moins trois fois. Coline en faisait des cauchemars. Mais la lune bleue était une sentinelle affûtée et le bois de Douceborde la limite devant laquelle les pâles fugitifs rebroussaient chemin.


***Un jour de janvier, Castagnon sortit livrer un couple de retraités à quelques kilomètres. Il écoutait Rage Against the Machine vitres entrouvertes pour libérer l’habitacle de la fumée de sa clope. En détaillant une scène sur sa gauche, il ralentit pour mieux comprendre ce qu’il regardait : un corbeau au sol s’approchait en sautillant d’une statue de la Vierge, la tête inclinée comme s’il entendait qu’elle lui demandait quelque chose. À quelques pas, des aigrettes blanches folâtraient entre deux rangs de vignes fanées. L’épicier ramena son regard sur la route et tourna le bouton de l’autoradio. L’oiseau devant la Vierge était un message qui lui était adressé. Peut-être même un avertissement. Il roula à petite allure et aperçut le corbillard garé devant le cimetière. Il sut que c’était Mutter et chercha Coline dans le groupe endeuillé qui s’éparpillait déjà. […] »

Monsieur Mistoufle

Extrait d’un roman jeunesse inédit :

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Toni Demuro

La maison de monsieur Mistoufle est cachée dans le tronc d’un arbre creux. Avec la neige, elle est complètement invisible, mais Sirius de son bec frappe au bon endroit pour prévenir Mistoufle que des personnes viennent lui rendre une petite visite.

« Partez ! crie le lutin. Fichez-moi la paix ! Ou sinon, je vous transforme en champignons pourris. »
L’oiseau et le castor reculent d’un pas. Jeanne refuse de bouger. Elle est furieuse d’entendre ce mal poli de lutin les menacer.
« Monsieur Mistoufle, rendez-moi ma pierre. Je vais terminer le barrage. Les barrages font du bien aux rivières, comme vous le savez. Ça fait pousser les plantes aquatiques, et ça donne encore plus de plancton aux poissons. Et les poissons adorent manger du plancton.  Et moi j’aime quand les rivières sont de belles rivières ! »
 
« Je m’en fiche, allez-vous en ! » répond Monsieur Mistoufle.
Sirius, qui n’avait rien dit jusqu’à présent, sent lui aussi la moutarde lui monter au bec : 
« Tu vas nous ouvrir, peste de lutin, ou je frappe ton arbre jusqu’à ce que tes oreilles en tombent. »
Monsieur Mistoufle tient beaucoup à ses oreilles pointues et poilues. Mais s’il a un véritable caractère de cochon pour un lutin, il a aussi un grand amour de la tranquillité. Il comprend que ces trois enquiquineurs ne partiront pas de sitôt. Alors il fait ce que ferait n’importe quel lutin raisonnable : il ouvre la porte de son abri et sort en prenant soin de boutonner le haut de son manteau pour mieux se protéger du froid.
Mais Jeanne a eu le temps de voir l’agate que Monsieur Mistoufle porte en pendentif : c’est exactement le même bijou qu’elle voulait réaliser pour maman. Comment l’a-t-il su ? Comment a-t-il pu deviner ce qu’elle mijotait depuis des jours dans le fond de son cœur ? Jeanne est perplexe, et très déçue. Elle croyait que son bijou était une trouvaille inégalée ! Un bijou unique au monde !
Monsieur Mistoufle se pavane et se dandine, puis il énonce d’une voix orgueilleuse : « Elle me va très bien, cette agate. Depuis que je la porte à mon cou, je suis devenu le plus beau lutin de tout le pays. »
Jeanne recouvre son calme. Elle sait que les lutins sont vaniteux, qu’ils se croient très intelligents. Elle sait aussi qu’ils sont joueurs et qu’ils aiment faire des paris. Or, quand quelqu’un est vaniteux, qu’il se croit très intelligent, et qu’en plus il est joueur, c’est forcément une victime de choix.
« Monsieur Mistoufle, dit Jeanne d’une voix onctueuse comme de la crème anglaise, je vous propose de jouer avec moi. Vous êtes d’accord ? Je vous préviens, je suis très forte à tous les jeux.»
Les yeux du lutin brillent de plaisir et de curiosité. Il sautille sur place.
« Oh oui, oh oui ! À quoi on joue ?  Mais je vous préviens à mon tour que je ne perds jamais. Surtout face à une petite fille qui se croit très forte. Tout le monde sait que je suis le plus beau lutin du pays et aussi le plus intelligent !»
Jeanne lui explique les règles du jeu.
« Alors voilà. On va jouer au jeu de l’énigme. Je vous pose une question. Si vous ne trouvez pas la réponse, vous avez perdu et vous me rendez ma pierre.
Taratata ! Je vais gagner et garder le bijou, car je suis très intelligent. »
Sirius et Emilio sont un peu inquiets, mais ils sont obligés de faire confiance à Jeanne. Ils n’y avaient pas pensé, au coup de l’énigme.
« Allez, vas-y », s’écrie monsieur Mistoufle, très impatient de jouer. « Pose-moi ta question. »
Jeanne respire profondément, comme pendant la relaxation du vendredi matin à l’école. Et d’un coup elle pose sa question :
« Monsieur Mistoufle, quelle étoile est la plus proche de la Terre ? »
Le lutin éclate de rire et exécute une petite danse de la joie tellement il est content. Il le savait qu’il était le plus futé des lutins du pays. Et cette petite qui pensait le rouler ! D’une voix triomphante, avec lenteur, en pesant chaque mot, il répond :
« Ta question est trop facile. C’est l’étoile du Berger, bien sûr. C’est la première qui s’allume dans le ciel. On la voit quand il commence à faire nuit. »
Sirius et Emilio poussent un soupir de déception. Ils n’auraient pas dû laisser Jeanne jouer avec Monsieur Mistoufle ! A présent, tout est terminé. La glace ne sera pas taillée. La rivière ne coulera pas comme une belle rivière. Bien sûr que cette énigme était trop facile pour un lutin intelligent comme lui.
Même si Jeanne a perdu, elle ne semble pas du tout désappointée. Elle déroule son écharpe calmement, et la remet autour de son cou pour rester bien au chaud. Elle n’est pas du tout impressionnée par la réponse du lutin. Et c’est avec assurance qu’elle dit :
« Monsieur Mistoufle, vous vous êtes trompé. Non, ce n’est pas l’étoile du Berger. L’étoile du Berger, c’est la planète Vénus. En fait, ce n’est pas une vraie étoile. »
Monsieur Mistoufle ouvre la bouche de stupéfaction, puis il la referme aussitôt avec un petit claquement des dents. Il est vexé ! Il est même très vexé. Il retire son bonnet, le jette par terre et le piétine de rage. Jeanne sort sa tablette de son sac, l’allume et montre à tout le monde dans le moteur de recherche l’explication écrite sous les mots « étoile du Berger ».
Le lutin se défend :
« J’ai droit à une autre chance ! Je croyais vraiment que c’était une étoile, moi, puisqu’on dit “ étoile du Berger”. Donc, ma réponse ne compte pas ! »
Jeanne lui accorde sa chance avec bonne humeur.
« O.K., donnez-moi une autre réponse, mais c’est la dernière. Si vous vous trompez encore, vous avez perdu et vous me rendez ma pierre.
— Oui, oui. Je suis d’accord. J’ai bien compris qu’il y avait un piège dans ton énigme. Alors, voici la bonne réponse : l’étoile la plus proche de la Terre, c’est… le soleil ! Voilà, j’ai gagné, je garde mon pendentif et vous partez immédiatement. Je ne veux plus jamais vous voir » […]