Célestina, extrait-inédit#2

Un nouvel extrait du prochain roman de Marie J. Desvignes :

Marie Desvignes

L’établi du vieux est une vaste pièce sombre, sans fenêtre. Une pièce noire. On ne voit pas bien ce qui s’y trouve. Quand les yeux s’accoutument aux ténèbres, on peut voir son vieux vélo, dans le coin à gauche, avec lequel il se déplace partout. Des chambres à air de rechange, des outils à l’acier tranchant, des balais de paille, des vieux clous rouillés, tout un fatras de choses qui n’intéressent pas les petites filles dit Fabrizio, pour ce qu’il en sait, parce que moi Celestina, je sais quel usage maléfique je ferais bien de ces vieux clous rouillés. Cette odeur qui incommode, c’est une odeur de camphre ou d’essence, mais aussi une odeur aigre, une odeur de renfermé, celle qu’il porte sur ses vêtements et ses mains velues aux tenailles obsédantes. L’étau est à droite en entrant, le soleil l’éclaire en premier quand il ouvre la porte qui grince…

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Hubert Mingarelli (1956-2020) — Une histoire de tempête

Après le cheval, sa vie a continué. Elle était affreusement longue, c’était un océan sans fin. Elle a continué pour lui, mais par pour moi. Je n’écoutais plus du tout. Je pensais à nouveau à mes trois pages, je pensais à elles comme à un enfant laid que l’on finira par aimer quand même. J’essayais de me persuader qu’en les retravaillant elles finiraient par être tout à fait bonnes. Ensuite j’ai pensé à l’histoire elle-même. Il me semblait l’avoir. Je veux dire que je l’aimais. Pour la centième fois, je me la suis racontée. Je voulais y déceler les failles, s’il y en avait . Elle se passait pendant la Première Guerre mondiale. C’était l’histoire d’un homme qui n’avait pas été mobilisé à cause d’une de ses jambes qui ne pliait pas. Il marchait difficilement. Il avait un fils, et le regard que ce dernier portait sur lui le tourmentait. Il en souffrait. Car le garçon avait des amis dont les pères se battaient sur le front. L’homme sentait dans le regard de son fils un reproche, une sorte de honte qu’il ne soit pas comme tous les pères de ses amis, sur le front. En sorte que pour rien au monde il ne lui aurait avoué pourquoi il allait chaque matin à la gare, et en quoi consistait vraiment son travail. Il lui mentait, il prétendait qu’il allait charger des munitions pour le front. Il lui semblait qu’ainsi aux yeux de son fils, il participait au combat, malgré sa jambe malade. Il allait bien chaque matin à la gare, mais ce n’était pas pour charger des munitions dans les wagons. Il y allait pour changer de vêtements. Dans les toilettes, il revêtait un costume noir et un haut-de-forme, et muni d’une liste de noms et d’adresses qu’on lui avait remis la veille, il s’y rendait en claudiquant et remettait à ces gens la lettre du ministère leur annonçant la mort au combat d’un fils, d’un père, d’un mari. Et d’une voix neutre il adressait les condoléances du ministre en personne. Il était la voix du ministre et de la patrie. Il avait l’impression de tuer une seconde fois ceux dont il prononçait le nom. C’était cela, son travail, voilà ce qu’il faisait du matin jusqu’au soir, et vraiment pour rien au monde il n’aurait voulu que son fils l’apprenne.

Mais la guerre dure et le garçon grandit et fait part à son père de son intention de s’engager. Le désarroi du père est immense. La peur ne le quitte plus. Il rêve la nuit qu’il vient frapper à la porte de sa propre maison vêtu de noir pour s’annoncer à lui-même la mort de son fils. »

«Hubert Mingarelli, Une histoire de tempête, éd. du Sonneur (p.22-24)

Célestina – extrait-inédit #1

Un extrait du prochain roman de mon amie Marie J. Desvignes :

Marie Desvignes

Cette nuit, Nonnette est encore sortie, c’est mon père qui l’a dit, je l’ai entendu. Il parlait doucement à ma mère et il a même dit  sta morhindo, ce qui veut dire, je crois, « il est en train de mourir », mais je ne suis pas sûre de l’orthographe, parce que cette langue, on ne me l’a pas apprise et à l’école, on ne la connaît pas. Ma mémé qui parle aux plantes, elle dit aussi « sta morhindo1 », tout doucement, quand elle parle au petit olivier tout maigre, celui qui dit un coup oui un coup non (ça c’est une expression de papa), planté dans la cour près du néflier élégant et qui, pourtant, ne meurt jamais.

— Une femme, ça ne sort pas toute seule, et encore moins la nuit, a dit ma mère. Mais celle-là… Ah!

— Elle va où la nuit, Nonnette?

Ma…

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Olga Tokarczuk — Sur les ossements des morts (extrait)

9782882502605-d1ff6  Après avoir prudemment défait les bandelettes immondes, j’ai pu voir ses pieds. Quel étonnement ! J’ai toujours pensé que la partie la plus intime et la plus personnelle de notre corps était les pieds, et non les parties génitales, le cœur, ou même le cerveau, organes, somme toute, sans grande importance et que l’on surestime à tort. C’est dans les pieds que se concentre tout le savoir sur l’homme ; c’est vers les pieds que converge l’essentiel de ce que nous sommes et que s’établit notre rapport à la terre. Le contact avec la terre, son point de jonction avec notre corps, renferme tout le mystère : bien que nous soyons constitués de particules de la matière, nous n’en faisons pas partie, nous en sommes séparés. Les pieds sont notre prise de connexion. À présent, les pieds nus du mort étaient pour moi la preuve de son origine incertaine. Ce n’était pas un humain. Il ne pouvait être qu’une forme innommable, de celles qui – selon notre cher Blake – précipitaient les métaux dans l’immensité et transformaient l’ordre en chaos. Peut-être était-il une sorte de démon. Les êtres démoniaques se reconnaissent toujours à leurs pieds, car ils ont leur propre manière de marquer le sol. Les pieds du cadavre, longs et étroits, aux orteils fins, aux ongles noircis et difformes, semblaient préhensiles ; son gros orteil se détachait des autres, comme le pouce. Ils étaient couverts de poils noirs. A-t-on jamais vu ça ? Matoga et moi échangions des regards dubitatifs. Au fond d’une armoire presque vide, nous avons trouvé un costume couleur café, à peine taché, qui avait dû très peu servir. Moi, je n’avais jamais vu Grand Pied avec. La plupart du temps, été comme hiver, il portait des bottes en feutre, à la russe, un pantalon élimé assorti à une chemise à carreaux et une doudoune sans manches. Habiller le mort m’a fait soudain penser à une caresse. À vrai dire, je ne crois pas qu’il ait connu une telle dou-ceur de toute sa vie.

      Nous le tenions délicatement sous les bras en lui enfilant ses habits. Son poids reposait sur ma poitrine et, après une vague de répulsion tout à fait naturelle, à la limite de la nausée, l’idée m’est venue de blottir ce corps contre moi, de lui tapoter gentiment le dos et de lui susurrer à l’oreille d’une voix rassurante : « Ne t’en fais pas, ça ira. » Je ne l’ai pas fait, à cause de la présence de Matoga. Il aurait pu le prendre pour de la perversion.
      Les gestes non accomplis s’étant transformés en pensées, j’ai éprouvé soudain de la pitié pour Grand Pied. Il se peut que sa mère l’ait abandonné et qu’il ait été mal-heureux tout au long de sa triste vie. De longues années de malheur dégradent l’homme bien plus qu’une maladie mortelle. Je n’ai jamais vu d’invités chez lui, pas de famille, pas d’amis qui seraient venus lui rendre visite. Même ceux qui pratiquaient la cueillette des champignons ne s’arrêtaient jamais devant sa porte pour échanger quelques mots. Les gens avaient peur de lui et ne l’aimaient pas. Je crois qu’il ne fréquentait que les chasseurs, et encore rarement. D’après moi, il devait avoir une cinquantaine d’années. Je donnerais beaucoup pour voir sa huitième maison, peut-être y découvrirais-je Neptune et Pluton en aspect de conjonction, avec Mars placé quelque part dans l’ascendant ; toujours est-il qu’avec sa scie dentée entre ses mains noueuses, il faisait penser à un prédateur ne vivant que pour semer la mort et infliger la souffrance. Afin de lui enfiler sa veste, Matoga fut obligé de le sou-lever et de le mettre en position assise, et nous avons alors remarqué que sa langue enflée retenait quelque chose dans sa bouche. Après un moment d’hésitation, la main tremblante et les dents serrées de dégoût, j’ai réussi à attraper délicatement l’objet par son extrémité et j’ai vu que je tenais entre mes doigts un petit os, long, fin et pointu comme un poignard. La bouche du mort laissa échapper un gargouillis rauque et de l’air, suivis d’un sifflement léger ressemblant à un soupir. Nous bondîmes en arrière en lâchant le corps. Matoga devait sans doute ressentir la même chose que moi : l’horreur. D’autant plus qu’entre les lèvres de Grand Pied apparut du sang rouge foncé, presque noir. Un petit ruisseau funeste coulait de sa bouche. Nous étions pétrifiés de frayeur.
 
Olga Tokarczuk, Sur les ossements des morts, éd. Noir sur Blanc

Jérome Bonnetto La Certitude des pierres (extrait)

Couv-Bonnetto-bnf-680x925Il nous faut un homme, inconnu, avec un grand sac, un homme qui arrive par la route : le noir d’un point, d’une silhouette tout d’abord, longue, lointaine, puis un corps déjà, qui soulève un peu de poussière comme un petit nuage bas, puis un être, plus précis dans un savant contre-jour qui dessine le va-et-vient des cheveux au balancier de la marche, enfin un homme. Il est grand, robuste. Il semble venir de loin. Il avance dans un frottement de jean, de cuir et de coton, arrangement naturel pour la mélodie légère des boucles métalliques du sac sur lesquelles rebondit une sorte de grigri africain. C’est la seule musique audible, juste suffisante pour égayer la marche.

       On reste un peu avec lui, comme un ange invisible. On n’est pas si mal sur son épaule. On voit haut et bien. On écoute sa longue respiration que la barbe filtre. On s’en voudrait de fouiller dans ses poches ou d’ouvrir son sac. On saura bien assez tôt ce qu’il trimballe. Pour l’instant, il coupe la lumière prometteuse du matin. Dans un virage s’esquisse à peine un petit chemin de terre. La pente est un peu plus rude par là, à l’écart de la route, et le soleil plus incisif, mais le chemin plus direct. Il n’est guère emprunté dorénavant et, malgré de longues années d’abandon, il résiste aux hautes herbes, comme si la terre, tellement foulée et refoulée, avait perdu toute vertu de fertilisation.
       C’est ce chemin qu’il choisit, sans la moindre hésitation. Le village n’est plus qu’à un petit kilomètre, mais un kilomètre de rude montée en ligne presque droite. On aperçoit un ou deux lacets en contrebas des premières maisons, puis, tout là-haut, le clocher. Le rythme de sa marche ne faiblit pas malgré la raideur de la pente. Par endroits, il pourrait presque toucher le sol simplement en tendant les bras. Son souffle s’accélère, raisonnablement. On ne perçoit pas de fatigue particulière.
       Parfois, les pierres roulent derrière lui, en entraînant d’autres au passage. Parfois, il prend appui sur une tige plus haute et plus solide que les autres, la serrant d’une main puissante. Parfois, les racines cèdent, alors il jette la tige dans les broussailles avant de s’agripper à une autre. Il avance, mais c’est ici que l’on s’arrête. Le village est tout près. De dos, sa progression paraît encore plus rapide. Les herbes et le chemin au premier plan, il s’enfonce dans le cadre. On le devine désormais en -roulant le dernier lacet. Puis sa tête disparaît.
       C’était un 24 août. Guillaume Levasseur allait entrer dans le village. »
 
Jérome Bonnetto, « La Certitude des pierres », éd. Inculte
 

Un froid sec #26

 

New York City - Snow - Winter Night
©Vivienne Gucwa

Un nuage occulta les lumières bleu et or des deux lunes et la nuit recouvrit de sa mélasse Virgile, Mattéo et la scène de crime. Alors, tout put se faire. Ils déplacèrent sur la plus courte distance possible le corps du clerc significateur à l’aide d’un chariot à ridelles opaques subtilisé dans l’ancienne filature. En agissant ainsi, à la nuit, ils comprenaient soudain pourquoi le noir était la couleur fétiche des corsaires : c’est parce qu’il est le complice qui assiste d’une main et qui absout de l’autre.

      Le plus court chemin pour à peu près tout étant la ligne droite, les deux complices avaient évalué que le 36, rue des Alouettes était l’endroit le plus rapide d’accès pour se débarrasser du cadavre. Il était impensable qu’ils n’aient pas envisagé un seul instant la solution la plus pragmatique qui était de faire glisser le corps lesté de pierres dans le Petit-Canal, mais quelle espèce d’adolescent choisirait la facilité pour expédier l’aventure la plus excitante, finalement, de toute sa morne vie ? Pas Virgile ni Mattéo ; ça non ! ils n’étaient pas de cette trempe. L’obscure Villebasse leur offrait une distraction comme une mère chatte offrirait une proie déjà tuée pour amuser ses petits et les deux garçons venaient de s’inventer un code de l’honneur qui leur interdisait de refuser pareille bonne fortune. C’est pourquoi, tout ce qu’ils jetèrent dans le Petit-Canal fut leurs portables éteints, cela afin de ne pas être tracés.
      Ils ne croisèrent personne, hormis Cali, clochard de son état, emmitouflé dans des vêtements d’occasion aux couleurs mariales des deux lunes mais assombries de salissures, qui n’osait pas marcher autrement qu’à petits pas, qui se hâtait, cependant, les bras croisés sur la poitrine. Il avait glissé une bouillotte entre sa chemise et son gros pull. Mattéo connaissait l’anecdote car un copain de classe qui fréquentait le Bar de Saturne la lui avait racontée. Sa bouillotte lui tenait chaud sur le trajet de l’aller ; ensuite, il la vidait dans les toilettes du bar, s’installait au comptoir pour descendre quelques bières brunes, et quand il était bien pété, il demandait à Thierry ou à Chantal de « lui refaire la pression de la bouillotte ». Ainsi, il ne sentait pas le froid non plus au retour, confit dans les propriétés calorifères de son ivresse, et il avait des munitions pour traverser le reste de la nuit. L’heure avancée indiqua que le gars rentrait chez lui, dans une tente igloo cachée quelque part.
      Il zigzaguait avec une grâce pitoyable, marchait avec précaution sur le trottoir gelé, les mains serrées sur la bouillotte de bière cachée sous son vieux paletot. Mattéo et Virgile descendirent sur la chaussée quelques mètres avant de le croiser. Le chariot était dur à manœuvrer dans les sloches durcies de la neige ; il s’agissait de ne pas le faire verser.
    Soudain, les feux d’une voiture qui s’engageait dans la rue des Alouettes firent trembler les jeunes garçons. Les antibrouillards ajoutaient un air menaçant au véhicule, un air de véhicule militaire blindé ou d’une invention monstrueuse en acier galvalnisé. La voiture roula au pas dans la rue étroite pour leur laisser le temps de regagner le trottoir.
    « Okay, on traverse ! » marmonna Virgile.
« Non, t’es con ! Le mec, il va nous voir de près avec ses projos braqués sur nous. On remonte ! »
    Leur hésitation fit que le conducteur dut marquer l’arrêt, le temps qu’ils dégagent le passage. Dans la panique, ils tirèrent le chariot à hue et à dia. La confusion perdura jusqu’à ce que le chauffeur lève son frein à main. « Je vais vous aider, ça ira plus vite ! » Cali arriva à son tour à leur hauteur. Il bafouilla : « poussez-vous, j’ai mon CASES de cariste ! » comme s’il avait oublié sa bouillotte de contrebande ; comme s’il pensait que quelqu’un pouvait espérer compter sur lui.
Même longtemps après, Mattéo n’évoqua jamais avec son ami ce qui suivit. Ni ceci, ni ce dont ils avaient été tantôt les sujets, tantôt les témoins depuis le drame de Sorraya dans l’ancienne filature.
    Depuis tout à l’heure, un vent boulait des plumets de neige ; il les puisait sur les voitures garées, sur les murets, époussetait la neige depuis la moindre aspérité des lignes horizontales, les gouttières ou les corniches. Tout à coup, il prit une vigueur de bourrasque qui saisit tout le monde et les éclairages ne projetèrent plus que des traces de lumière sur des panneaux de flocons tassés et tourbillonnants. Ça faisait comme des murs à quelques centimètres des visages. Tout le monde perdit aussitôt la vue. Alors, Virgile, Mattéo et leur macabre chargement disparurent.

Un froid sec #25

e6424b8fe800e68bf60b5fa92389cded  Depuis son accident de voiture, Jourdan parcourait à pied la distance entre son domicile et la zone d’activités à deux kilomètres au nord de la ville. L’air glacé se nichait dans son estomac, expulsait à la manière d’un coucou la douleur née d’avoir survécu à ce jour funeste. La morsure de l’air lui faisait moins mal que cette brûlure. Malgré neige et brouillard, le Petit-Canal lui donnait l’impression de l’escorter jusqu’à son travail avec le déroulé de son ruban d’un noir miroitant. Il pensa au Mississippi, et donc à Huckelberry Finn et à son radeau. Il y avait bien eu une scierie à Villebasse, avant la crise de 2008. Faute de repreneur, elle avait fermé à la retraite du vieux Choisson. Les jeunes ne voulaient plus travailler de leurs mains. Ils voulaient gagner vite, avec un clavier et une caméra. C’est pourquoi Aymeric Jourdan, arrivé en 2010 avec Cécile, n’avait jamais vu un rondin de scierie dériver sur le Petit-Canal. Faute de munitions — précisément de rondins fauchés sur un train de bois, il ne pouvait pas construire de radeau et fuir Villebasse comme Huck avait fui Saint-Pétersbourg pour échapper aux poings du vieux Finn. Certes, Aymeric n’était pas un héros de roman picaresque. Mais les coups reçus, il les avait en commun avec le garçon et il aurait pu en parler avec éloquence si la honte ne l’avait pas contraint au silence. Cécile ne tapait pas aussi dur que le vieux Finn, ça, non, mais assez tout de même pour que tout le monde le prenne pour un homme maladroit, à souvent se présenter avec des ecchymoses ou des écorchures.

Soudain, un bruit sortit de sous ses pieds. Impression fausse, il le savait, puisque ça venait de l’eau. Un son clair, faible et plaintif. Il boulait sur les immeubles alentour. Deux ou trois promeneurs se hâtaient, sanglés dans leurs manteaux, la face rouge et les paupières baissées sous les mauvais flocons. Le bruit était la plainte d’un animal. Aymeric hésita ; s’approcha quand même du bord. Une masse dérivait, se débattait, griffait l’eau en brisant les blocs gelés de sa surface, retombait. Le mugissement du vent entonna alors un canon avec les cris de Le Chien. Mais personne ne pouvait comprendre la chanson du vent[…] »