>Vases communicants avec Frédérique Martin

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Les vases communiqueront entre Lephauste  et moi ce soir à minuit. En attendant, je poste ici le texte que j’avais écrit dans un échange précédent chez Frédérique Martin.

Chère Frédérique,

Ce petit mot pour te dire que je passe mes vacances comme souvent : près de chez moi. Notre Sud-Ouest est « congrut » de lieux sans flamme autre que celle qui m’entorche, et à chaque fois que, juilletiste ou aoûtienne, je les embrasse en marche de mes bras tendus vers la figue et le tournesol, les clochers rendus taiseux ou l’or bleu de Cocagne me saluent dans leur histoire. Cette diversité est une chance que je partage avec des randonneurs ou des pèlerins, parfois même avec des vieux du coin.

Au cours de ces balades crottées et fécondes, je traverse des villages animés des mains de touristes affairés à toucher la matière du vivant sur des maisons abandonnées, voire en indivision, et beaucoup d’entre eux, je dois dire, manquent se rompre l’âme en tournant comme souvent le dos à l’essentiel.

Les hôtes de vieilles fermes aux poulaillers vides les restaurent parfois, et ces odeurs de frites, de moutarde et de crésyl, je les retrouve partout où le citadin vient consommer de l’authentique.

Si tu me demandes comment je vais, je te répondrai que je ressemble en ce moment à une forêt négligée : comme elle j’ai des chablis tombés d’un gilet pourri, et je marche sur des aiguilles à broder cassées et des feuilles sèches de toute encre.

Je n’ai pu me rendre à ton cher Loubens et j’ai manqué sa musique de chambre, mais je pense à tes lectures publiques quand je vais à Marciac où la libraire enthousiaste a des projets de même sorte.

Il y a parfois, au détour d’une grange, une étrange femme qui conduit doucement sa vie dans l’allée centrale de chez son père, comme Raymond Babbitt, l’homme de la pluie qui penche sa tête sur la musique « On the road » de Hans Zimmer.

L’autre jour, j’ai vu qu’elle arrondissait l’angle de ses ongles. Elle a probablement peur qu’on fasse le rapprochement avec les jambes écorchées de sa mère quand on la sortira de l’eau épaisse du puits.

Tu la connais je crois, c’est la petite-fille du vieux garçon vacher, celui qui jouait à cochon pendu sur l’arbre tordu près de ton ancienne école communale.

On dira qu’elle a glissé sur la margelle glacée par le grand vent… En plein été, tu parles ! Tout le monde sait pourquoi elle l’a fait…

Je t’envoie cette lettre avant la dernière levée de la Poste ; ici elle est matinale au point qu’on voit presqu’encore le cul des chats qui s’en retournent chez eux quand le facteur ouvre la boîte.

Je rentre maintenant chez moi, retrouver les mains qui m’apaisent. Mon Dieu, si j’avais su plus tôt que le sel des larmes est soluble dans l’autre…

Je t’embrasse avec la pudeur d’une ourse atrabilaire, et j’attends bientôt de (lire) tes (prochaines) nouvelles.

Anna
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3 commentaires sur “>Vases communicants avec Frédérique Martin

  1. >Bien sûr ! Et à voir le compteur en bas, je pense ne pas être le seul 😉 Je serai(s) un homme comblé le jour où le mien atteindra ces hauteurs !J'aime vraiment ce que je lis ici ! Ce serait dommage de passer à côté de quelque chose (j'ai tendance à lire TOUT un auteur quand j'apprécie).PS : il ne faut pas avoir peur en voyant qu'en plus de lire tout, je repasse ici voir que l'on répond à mes commentaires ;7D

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