Un ami comme Chadouk #5

Extrait d’un roman pour les 9-12 ans :*

© Rofusz Bkinga
CHADOUK NE SAIT PAS ce qu’est le temps qui passe. Il ne sait pas depuis quand il existe ni si un jour il va disparaître. Et quand on ne voit pas plus loin que le bout de son nez, on a du mal à comprendre pourquoi le printemps revient toujours après l’hiver.
On ne comprend pas non plus pourquoi la maman de Lucie virevolte à travers la maison, se regarde dans le miroir, essaye un chapeau, des chaussures à talon, jette ou repose, recommence avec une robe, enroule plusieurs foulards autour de son cou, puis de ses cheveux, puis en guise de ceinture. Tout ça pour finalement envoyer le tout valdinguer.
« Chouette, un nouveau jeu ! » Chadouk s’empare à son tour de tout ce qu’elle éloigne d’elle et un chapeau de paille trop grand lui tombe sur l’œil. Il meurt rapidement de chaud sous une étole et manque se casser la margoulette en marchant sur l’ourlet d’une robe fluide et brodée.
Puis il s’étonne, car à cette heure-ci d’habitude elle travaille toujours sa voix et file préparer le repas du midi si Lucie lui crie depuis sa chambre qu’elle a faim.
*
Il entend parler de Serge, le père de Timéo. Il s’en méfie depuis le concert du quatorze juillet et il ne comprend pas pourquoi ce prénom a des effets bizarres sur elle.
Elle ne le connaissait pas encore la veille, et voilà qu’à présent ce prénom semble lui gonfler le cœur, lui chatouiller les côtes, faire briller ses yeux et lui monter aux lèvres. Visiblement, elle le trouve beau et il occupe toutes ses pensées.
*
Chadouk réfléchit au sujet du pouvoir magique de ce prénom. Quoi ? Tous les prénoms ont un pouvoir magique. Oui, « Chadouk » aussi.
Bon, il sait que Serge n’est pas seulement un prénom, il sait que c’est aussi le nom d’un assemblage de tissus. Autrement dit, du tissage. Comme la laine tissée, par exemple. La mère de Lucie doit sûrement rêver qu’avec un tel prénom, Serge peut tisser des liens formidables, des liens d’amour solides comme une écharpe tricotée.
*
Chadouk grappille des bonbons dans la cuisine quand soudain le téléphone sonne. Il interrompt le cours de ses pensées et il écoute la conversation de toutes ses oreilles. Il devine aux réponses de la maman de Lucie qu’il s’agit de Monsieur Santos, le directeur du camping. Il veut la payer dans la journée pour son concert du quatorze juillet.
*
(Extrait du chapitre 6 : « Chadouk fait encore une bêtise »)

 

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