Un froid sec #16

Hicham Benjelloune avait découpé la culotte de Sybille pour en faire un cerf-volant mais il ne trouvait pas de support sur quoi la tendre dans l’abri de jardin et n’avait même pas de ficelle. Sybille était encore nue et le taquinait depuis la chambre. L’air glacé s’insinuait dans l’ouverture de la porte-fenêtre et rafraîchissait la pièce. La chaudière s’enclencha d’ailleurs dans la cuisine. Sybille se leva et fit coulisser la baie. Hicham grimaça de dépit et fourra le tissu de la culotte dans sa bouche. Sybille aimait les façons crues qu’il avait de lui montrer à quel point il aimait le goût de sa chatte. Même si cela ne lui suffisait plus.Elle se colla à la vitre pour le consoler. L’aréole de ses seins et les poils bouclés de son sexe prirent une drôle de forme et Hicham éclata de rire. La dureté froide du matériau lui fit penser au plafond de verre qui freinait le destin de son compagnon. Lui disait qu’il était artiste et que ça n’avait rien à voir avec ça. Il était claustrophobe et l’Entreprise était un cercueil. Point, à la ligne.L’époque était hors du temps et le pays au bord du vertige. Le couple avait quitté les réseaux sociaux pour conserver un calme relatif. L’agitation était moindre à Villebasse et il suffisait d’éviter le jour du marché pour ne pas la sentir. Sybille et Hicham avaient quitté une grande agglomération pour faire des enfants dans cette petite ville entourée de vaches et de champs de tournesols, mais quatre ans avaient déjà passé et aucun petit n’était venu empêcher leurs nuits. Ils justifiaient leur départ en dénonçant la pollution des grandes villes et la cherté des loyers. Ils n’évoquaient jamais la violence qui avait gagné leur centre. Elle n’était plus un impensé depuis quelques mois, mais ils refusaient tout simplement d’en discuter.Hicham piqua des morceaux de poivron sur une fourchette pour en cuire la peau directement sur un des brûleurs du fourneau. Hicham, mince ! Mon piano de cuisson. Je t’ai déjà dit que tu l’abîmes en faisant ça. Sybille tourna le bouton dans l’autre sens. Et alors, quoi ? Tu la veux, ma slata mechouia de six heures du mat’, ou tu la veux pas ? Tu jouis, t’a faim, tu veux une slata viteuf, ben c’est la meilleure méthode. Sors de la cuisine, t’as rien à y faire. Ils luttèrent un court instant. Hicham s’empara des poignets de Sybille et la tira gentiment dehors. Vingt minutes après, ils se régalaient sur le canapé en écoutant un podcast d’une émission de radio. Lui avait tout son temps, sa sœur Leïla n’arriverait que dans quelques heures, mais la jeune femme engloutit rapidement le contenu de son assiette et lui tint soudain ce discours : Je m’en vais, Hicham. Certes, je n’ai pas spécialement envie de faire la connaissance de ta sœur, mais ce n’est pas ce qui motive mon départ. Je t’ai aimé. Fort. Et d’une certaine manière… enfin, bref ! Vois-tu, je suis enceinte. Je sais, tu es stérile et je suis dégueulasse. Mais j’ai bien réfléchi et je veux qu’il vive avec son père biologique. Ne le prends pas mal, il s’agit de Baptiste Lucas. Autant que tu l’apprennes par moi. Je te laisse la maison et de quoi te retourner sur un compte épargne. Je te demande pardon. Il n’eut pas le temps de se demander s’il allait devenir fou ou bien s’il devait la frapper qu’elle sortit de sa vie comme elle y était entrée : à pas pressés.

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