Vincent Dutois, Le Cadastre des misères

« Frappait-on à leur porte, ils se coupaient le souffle, au risque de l’asphyxie. Ces deux musaraignes tressaillaient à la chute d’une feuille. Ils sortaient de préférence à l’heure du repas des autres, à la brune ou les jours de forte pluie. Elle, parlait un ton plus bas que ce qui est audible et fixait un point là-bas sur le côté gauche ; lui, un mot le chauffait aux joues aussi fort qu’un cordial, un deuxième lui affolait le cœur, un troisième l’aurait tué. Un four, un feu, un homme debout, une table, avec la nappe citron, et des chaises en vis-à-vis, habillaient la cuisine, qui regardait au sud ; deux chambres identiques, avec chacune un lit en bois tourné, une malle, un broc, sous une ampoule nue, ouvraient au nord. La sœur vécut plus longtemps que son frère, elle fut emmenée vers la fin par on ne sait qui, quels secours, à l’abri des regards, enterrée en mars ; la maison aux volets clos disjoints s’écaillait, un petit chat mi-sauvage tremblait chaque hiver au soleil blanc sur la margelle. »

Allée V, n°122, extrait de « Cadastres des misères » de Vincent Dutois, éd. La Mèche Lente, mai 2019 (p.25-26)

Les amoureux indécrottables du Spoon River d’Edgar Lee Masters vont adorer ces chroniques d’un cimetière. Vincent Dutois maîtrise l’art du bref à la perfection et croque ses personnages à l’huile et au couteau.

Chez l’éditeur (clic !)

L’avis de Pascale Busson-Martello

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