Entretien chez Culture et Justice

Retrouvez mon interview dans le portrait du jour de 𝐂𝐮𝐥𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐞𝐭 𝐣𝐮𝐬𝐭𝐢𝐜𝐞, le site administré par Philippe Poisson et Camille Lazare, tous deux membres de 𝐂𝐫𝐢𝐦𝐢𝐧𝐨𝐜𝐨𝐫𝐩𝐮𝐬, musée numérique dédié à l’histoire de la justice, des crimes et des peines :

Des personnages de mon roman Villebasse ont tenu à m’interroger eux-mêmes, probablement pour régler leurs comptes, je ne sais pas bien, je n’ai pas tout à fait compris leurs intentions derrière les questions suivantes, parfois inattendues  :

Rose Mandel

« Pourquoi m’as-tu créée dans un roman aussi sombre ? Ton histoire se situe dans un bled paumé, ça se passe en plein hiver, sous la neige, et pour couronner le tout tu m’as placée dans une famille éclatée qui pue à plein nez le redneck et la névrose. Vous, les écrivains, avez tous les pouvoirs ; de vrais petits démiurges ! Alors pourquoi ne m’as tu pas mise dans un contexte plus favorable ? Je suis quoi, ton double de papier, ton avatar ? Tu voulais te venger de quelqu’un à qui tu en veux personnellement, c’est ça ? »

Anna de Sandre

« je m’attendais à cette confrontation avec un témoin à charge, mais je ne m’attendais pas à toi, Rose. Sache — mais je crois te l’avoir déjà dit — que je n’écris jamais d’autofiction. Je ne tiens pas même de journal intime, contrairement à toi. J’écris pour raconter des histoires et rien de plus. Je confesse décrire le monde tel qu’il va, et il ne va pas très bien en ce moment, tu l’auras sans doute remarqué. J’aime faire de la littérature avec les personnages d’un Erskin Caldwell ou d’une Flannery O’Connor plutôt que d’un Scott Fitzgerald, parce que leurs vies sont plus romanesques ; peu importe qu’elles soient proches ou non de la mienne. J’entends ton ressentiment, mais tu ne sauras pas m’émouvoir car je te rappelle que tu es un personnage de fiction ; cela signifie que tu prends vie quand un lecteur ouvre Villebasse et qu’il pose les yeux sur toi, et que tu meurs à chaque fois qu’il le referme. »

Le Chien 

« J’ai un rôle déterminant dans Villebasse (j’en profite ici pour te remercier de cette importance que tu m’as donnée) : je fais le lien entre tous les personnages et j’ai une terrible mission à accomplir. À ce propos, d’ailleurs, je remarque que c’est moi qui fais le sale boulot à la place des hommes, dans ton roman. C’est pourtant vous qui avez inventé la justice, non ? Alors, à quoi ce choix est-il dû… à un excès de morale de ta part ? À part ça, je trouve que tu as très bien mis en valeur mon animalité dans ton texte — même si je trouve que m’appeler sobrement « Le Chien » est impardonnable (davantage que « Lucky » ou « Chaussette », par exemple) ; puis-je en déduire que le chien est ton animal préféré ? »

Anna de Sandre

«Il me semble que tu n’es pas doté de la parole, dans Villebasse. Et pour cause, je ne suis pas une fan de l’anthropomorphisme débridé de notre époque. Donc commence par retourner dans ton panier, ce canapé en cuir m’a coûté une blinde… voilà, merci. Ensuite, pour répondre à ta question, oui, je le confesse : je t’ai honteusement instrumentalisé pour exécuter les pires besognes et pour tisser une trame cohérente autour des nombreux personnages du roman.
J’ai un reste d’épaule d’agneau dans mon frigo. Tu le veux en guise de remerciement ?
Et pendant que tu te régales, j’en profite pour te détromper : la vérité est que je n’aime pas trop les chiens. Vois-tu, je préfère les chats. Comme la plupart des écrivains, oui ; j’étais sûre que tu répondrais ça. Mais je n’ai jamais prétendu être originale, tu sais ! Les chats ont des qualités et des défauts qui nous conviennent à peu près, tandis que vous, les chiens, vous êtes serviles et pots de colle, ce qui vous disqualifie d’emblée. En plus, vous n’êtes pas autonomes, tu parles d’une plaie !
Je t’ai fait apparaître pour me défausser du sujet épineux de la vengeance et pour faire le lien entre les habitants de Villebasse, qui est le personnage principal mais une coquille vide sans les âmes qui la hantent. C’est sans doute pour cela que dans mon roman, tu ne t’attaches à personne bien longtemps et que tu te débrouilles comme un chef.»

Jourdan 

« Pour ma part, je n’ai pas de question. J’interviens ici uniquement pour te dire que je ne te pardonnerai jamais ce que tu as fait de moi. Un homme battu par son épouse, un employé harcelé par sa hiérarchie, bref ! Un avorton terminé à la pisse. Je te déteste. »

Anna de Sandre 

« Tu oublies toute la tendresse avec laquelle je t’ai décrit et tu oublies le rôle formidable que je t’ai fait jouer aux côtés de Le Chien. Je crois au contraire que tu as un beau rôle, dans Villebasse. Tu es même un des personnages les plus lumineux, alors retire ce que tu viens de me dire, s’il te plaît ; tes propos sont injustes. »

Jourdan 

« Va plutôt te faire foutre, Anna… »

(entretien à retrouver ici dans son intégralité)

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. patrick verroust dit :

    Les personnages de friction n’aiment pas se retrouver en zone grise ,entre chien et loup; Ils peuvent être mordants , mais vous savez jouer des crocs avec le sourire…Bravo pour vos succès mérités…Amicalement!

    J’aime

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