Mad Dogs

Le numéro 6 du poézine POD (Pain et œufs durs) est actuellement disponible en cliquant sur la couverture. Les Mad Dogs jappeurs et mordeurs y sont à l’honneur.

Au sommaire :
Cuchulain Baudouin
Sarah Carton de Grammont
Joe Cocker
Antoine d’Agata
Dante
Eric Dejaeger
Anna de Sandre
Diogène
Goya
Claude Held
Holbein
Lightnin Hopkins
JP Klee
Leon Layon
Malcom Lowry
Cormac McCarty
Sebastien Ménard
Robert Mitchum
Marcel Moreau
Iggy Pop
Clidford Simack
Thomas Vinau
Tom Waits

L’amour, cette inconnue X

Voulait la tuer
Voulait l’égorger
Il la jetait dans l’es-
Calier comme un sac
D’immondices

Il la traitait de monstre
D’horreur vari-
Queuse
Et elle sanglotait toutes
Les larmes de son
Énorme corps dis-
Gracieux

Ne comprenait rien
A cette haine qu’il
Lui portait
Répétait souvent
Qu’elle l’aimait
Qu’il l’avait faite
Femme
Et qu’elle serait
La mère de sa chair

Que sa chair à elle
Était comme sa chair à lui

Alors noir de ra-
Ge il éructait : UN JOUR
J’ CREVERAI TA PAN-
SE A CIMETIERES !

Et elle pleurait dans
Son coin tamponnant ses
Grosses joues avec un
Mouchoir sale

Francesco Pittau

>Quelque part en cinquante-trois, dans la revue Woman’s day

>

(Richard) était assis sur une racine noire et tordue, au bord de la rivière, les yeux dans le vague, entouré par un mince réseau de branches de saules qui déployaient un voile transparent de feuillage vert et argent entre lui et le ciel aveuglant. En lui, le tourbillon terrifiant des ténèbres s’enflait :

il ne fondait pas sur lui de l’extérieur, ainsi qu’il l’avait toujours imaginé, mais il montait en lui comme des fumées brunes, maléfiques, étouffant son cœur opprimé. Non, cette horreur brune ne menaçait pas de l’extérieur, murmurant dans les recoins, non, elle montait en lui, comme les miasmes écœurants du mal possible, du mal accompli. (…) Au loin flottait le radeau amarré, gris, détrempé, très large, sa surface mouillée scintillant sous une mince couche de soleil nuageux.

Il enleva ses chaussures et ses chaussettes sur les galets, puis laissa son pantalon du dimanche glisser jusqu’à ses chevilles, et se glissa hors de sa chemise. Il plia soigneusement les vêtements, comme selon un rituel, et posa le petit paquet sur la racine du saule.

Après l’air chaud, la rivière était froide, et les vaguelettes glissaient sur son corps comme pour lui rappeler tous les étés qu’il avait connus, tandis qu’il s’éloignait de la berge en pataugeant, les muscles noués, le souffle rapide et court. Il fut surpris d’atteindre le radeau si vite, mais tout se déroulait trop vite, comme dans un rêve. Il saisit le vieux bois velu à deux mains, respira trois fois comme lorsqu’il voulait mettre la tête sous l’eau, puis s’enfonça sous le radeau.

L’eau était à la fois vert sombre et claire comme du cristal, non pas épaisse et brumeuse comme à la surface. Il nagea vigoureusement vers l’obscurité. Des algues noires et gluantes qui pendaient sous le radeau lui chatouillèrent le dos, et ses épaules se cognèrent au vieux bois. Il atteignit ce qui devait être le centre du radeau et il leva la main, s’accrochant un instant à cet étrange monde caché du soleil. Sa résolution était intacte, forte et amère, mais les poignards de l’angoisse ne pénétraient plus dans son cœur ; il n’y avait plus qu’une blessure profonde, comme un bleu. Il tenta de contempler l’idée de la noyade, mais ses yeux voyaient toujours l’eau brillante comme du verre, et toutes les ombres mouvantes autour de lui. Il n’arrivait à penser à rien.

Un groupe de minuscules épinoches passa près de lui, tournoyant pour s’écarter de son corps, puis il vit les gros poissons, qui ne nageaient pas, qui se matérialisaient simplement dans leur propre élément : deux grands, dont les écailles luisantes étaient d’un vert pâle dans la lumière sous-marine. Ils ne bougeaient pas, ils étaient suspendus mais vivants, ils le voyaient de leurs yeux entourés de cristal, qui ne clignaient jamais. Pendant une seconde, Richard songea qu’ils attendaient que son corps soit ramolli par la mort, prêt à être mangé, mais cette pensée ne le troubla pas et s’évanouit aussitôt. Ils étaient là, leur forme était belle, si ferme, brillante et froide ; instantanément, le temps s’anéantit, et avec lui la sottise de la colère, de l’indignation et de la honte. Ils étaient là, en suspens, presque assez près pour qu’il les touche, ces poissons brillants, mouchetés, zébrés, avec leurs nageoires duveteuses, les yeux clairs, comme des bulles, par lesquels leur vie le regardait. Rapidement, non pas avec le caractère délibéré des choses qui se déplacent dans le temps, mais à la vitesse de la pensée, les eaux gonflèrent, devinrent immenses, devinrent l’ensemble des eaux depuis la nuit des temps, tous les océans noirs et sonores au goût salé qui tendaient vers lui de longs doigts dans la marée saumâtre, toutes les eaux douces, les rivières et les cascades écumeuses, et les petits étangs stagnants, verts d’écume et hantés par les insectes. A travers ces eaux, à jamais paisibles, immuables, disparaissant et réapparaissant, évoluaient les poissons froids et pâles, sans hâte, affamés, vivants, à jamais eux-mêmes et indéchiffrables, depuis la première forme de vie dans les premières eaux.

Les deux formes métalliques et froides suspendues devant lui se déplacèrent légèrement, et il vit à nouveau à quel point elles étaient vivantes. A présent, mystérieusement, de longs rubans de joie, comme des rayons verts et frais, allaient des poissons jusqu’à lui et de lui jusqu’aux poissons, illuminant toutes les eaux. Il fut ébranlé par ce miracle et cette irremplaçable richesse, il aurait pu crier. Comme il savait qu’il devait fermer les yeux pour effacer momentanément la tension de la beauté et du bonheur insupportable, les poissons partirent tout à coup, ensemble, scintillèrent brièvement dans l’obscurité puis disparurent, le laissant éperdu et tremblant, toujours suspendu dans cette verdeur liquide, avec toute la terrible gloire du monde et des ses vastes eaux qui mettait dans sa bouche un goût puissant et doux. Puis, parce qu’un rire vigoureux et noble le remplit, il expulsa un souffle et il sut qu’il n’avait plus d’air à inspirer. Il était à mi-chemin sous le radeau, ses poumons lui faisaient mal, sa poitrine était comprimée par une main énorme.

Il se déplaça, motivé non par la peur mais seulement par une endurance furieuse, et il se mit à tâtonner vers la lumière. Il retiendrait sa respiration pendant une brasse encore, puis une autre, pendant que les petites bulles glissaient impitoyablement entre ses lèvres, alors que ses côtes se creusaient, que sa tête martelait et que sa gorge était torturée par la douleur. Il ne pouvait plus le supporter, encore une brasse, encore une… Et il y eut de l’air dans ses poumons, si brutalement qu’ils en furent endoloris, et le vieux bois gris du radeau lui racla la joue.

Il resta là un long moment, se tenant par un bras aux vieilles planches détrempées, ses poumons se remplissant encore de l’air humide de la rivière. Il regarda à travers l’étendue luisante du cours d’eau, vers les saules argentés, tranquilles et intacts, et sur la plage il vit sa mère, vêtue de son maillot de bain rouge fané, venue le rejoindre. De si loin qu’il était, il voyait que son attitude, que son corps n’était pas ce qu’il avait craint, ce qu’il s’était représenté, n’était pas touché par la tragédie, en attente d’expiation, n’était pas assombri et tordu par le chagrin ; dans ces mouvements aisés, il n’y avait ni déception ni courage forcé. Elle était là, tout simplement, par cet après-midi de canicule, elle entrait dans l’eau, elle baissait les bras pour toucher des deux mains la fraîcheur de la rivière.

Extrait de The Pale Green Fishes, de Kressman Taylor.

Les mots bons, Beck

« Se moucher dans un mouchoir, dormir dans un lit, permis de rêver, dormir des deux yeux. Manger dans une assiette avec fourchette. Le couteau je l’ai. Cran d’arrêt. La meilleure défense c’est l’attaque; comme disait papa, affûteur.

Les sous-S.D.F ils nous volent, on a toujours plus petit que soi, comme disait grand mère, plumeuse, de sa collègue boyaudière.

Ces moins-que-rien, moins-que-nous, ils nous dévalisent comme dans un bois gare Saint Achille quand on pique un roupillon bien gagné dans la salle d’attente. Attente de quoi ? Nous on peut se le demander puisqu’on prend pas des trains. Ces rats savent bien qu’on peut pas aller `à la police. Moi, ma police, Je me la fais moi-même, nous deux Eustache. Avant j’avais mon Médor allemand, Médor et moi on était un, les sans-pitié l’ont fait périr avec la boulette d’onze heures. En douce je l’ai balancé à la flotte, mon copain, il s’en est allé au fil de l’eau… C’est dur, la vie.

L’ordure qui m’a fauché tout mon avoir, je voulais seulement lui faire une boutonnière et puis et puis et puis. Tant pis tant pire. J’ai tué j’ai tué j’ai tué, c’est comme ça et c’est pas autrement. A la guerre comme à la guerre. Je le dis qu’à moi; autrement bouche cousue cœur cousu. Pas la peine de le crier sur les toits surtout que nous autres on n’a pas de toits (faut bien que je me fasse rigoler un peu) sauf gare Saint Achille. Je bavarde en dedans, le meilleur frangin peut devenir un Judas, à preuve.

Sert à rien d’en faire un plat. L’avantage dans la cloche, c’est que les flics cherchent pas trop qui a fait quoi à qui, du moment que ça reste entre nous. Quand même j’aurais autant aimé que ça ne soit pas été. La lame a glissé toute seule, je voulais et je voulais pas. C’était pas un homme. C’était une femme mais y’en a aujourd’hui qui disent qu’elles valent autant que nous. Maman je sais pas. Elle est décédée en me faisant dans un cagibi qu’on avait dans un jardin qu’on louait à la ville. Marguerite je l’avais sautée gentiment dans le terrain d’herbes du croisement Saint-Achille et puis, Bon Dieu de mes deux, je me suis vu après sans un, poches nettoyées. Un collègue m’a prêté quarante balles pour manger avec intérêt : fallait lui rendre cinquante le surlendemain ou ils étaient quatre à me casser la gueule.

Le lendemain, moi : « On remet ça, Marguerite ? » Soûle comme une bourrique, elle dit pas non. Avait bu tous mes sous. La prémédite mais je voulais seulement me faire respecter, lui apprendre à vivre. Elle se l’est tenu pour dit, pauvre salope. Un malheur est vite arrivé. Aurait dû se défendre, trop bourrée. Poupée de son, poupée de sang comme dit la chanson. Quel cinéma ! Quoique du, y en avait pas plus que quand elles ont leurs coquelicots. Dans ses frusques d’emballage, ma dame, je veux dire ma lame aurait pas dû se planter dans son cœur de beurre, je connais pas bien la place des boyaux. Bien mal acquis ne profite jamais, la preuve. Mon pauvre couteau je l’ai nettoyé, en l’enfonçant dans la terre encore et encore, il faut prendre soin du peu qu’on a. On est jamais trop prudent. Je l’ai laissée là où elle était, c’est ce que j’avais de mieux à faire. Lui ai pas fermé les mirettes, pas si con. Ses gros yeux vert bouteille, bouteille c’est le cas de le dire, elle biberonnait dur. Je lui ai fait un bout de récitade, Marguerite je te remets entre les mains. Pardonnez-lui ses péchés par votre croix (j’aurais mieux fait de lui faire la croix des vaches). Donnez le repos éternel à votre servante. J’ai foutu le camp sans me presser pour pas avoir l’air. Ça m’a fait quelque chose de la veiller mais faut pas se laisser aller. J’ai tenu deux jours pour pas faire le mec qui retourne sur les lieux mais après à Dieu vat, je suis allé aux nouvelles. Plus rien, nettoyé, rasibus. Ouf ! On est quand même dans un pays civilisé.

Je suis innocent, Marguerite aurait pas fait de vieux os, elle avait pas d’hygiène, c’est pas comme moi, je mastique longtemps, je me couche tôt si je trouve une place. Si on lui avait accordé un petit bout de terrain, je me serais démerdé pour lui apporter des fleurs, pas vraies ou vraies.

Elle se regardait dans le cul d’une boîte de conserve, elle croyait qu’elle était une femme. Elle se peignait avec les doigts, moi j’ai toujours mon peigne dans ma poche, c’est la prunelle de mes yeux. Peigne et couteau, c’est l’homme. Elle pissait contre le monument aux morts, moi j’ai le respect des morts comme de moi-même, un peu plus tôt, un peu plus tard: Pauvre Marguerite, quelle charogne et maintenant encore plus, c’est la faute à pas de chance. Le moulin à café de ma fatalité n’arrête pas de tourner tout seul pour broyer le mauvais café, mais il finira bien par se bloquer. »


« Michel« , nouvelle extraite du recueil de Béatrix Beck, Guidée par le songe.

Anna de Sandre — Le Parapluie rouge — éd. In8

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Le Parapluie Rouge
Clara ouvre ce livre d’histoires, une jeune SDF qui, au cœur de l’hiver, accepte de faire escale chez sa sœur, aussi intéressée soit-elle, pour manger un peu. Mais son ventre cache un secret bien moins noir que cette avidité de pauvre hère. Dans la nouvelle ultime, une femme, cartomancienne à ses heures, échoue dans un bistrot pour échapper à l’averse. Elle rencontre inopinément une vieille dame, Odette, qui de ses yeux mauves va réchauffer un cœur pourtant moins fatigué que le sien.
Éditions In8
Nouvelles d’Anna de Sandre
Collection Alter & Ego
ISBN 978-2362240508
Broché 112 pages
Parution : 8 avril 2014
L’année de sa parution, ce recueil de nouvelles a été finaliste du Prix SGDL de la nouvelle et du Prix Place aux nouvelles.
Revue de presse

Anne Pym — Milo à la neige — École des Loisirs

9782211238717Sans faire de bruit, l’hiver est arrivé pendant la nuit et la neige a tout blanchi en abondance. Milo et son ami Boris ont bien envie de profiter de ce cadeau de l’hiver ! Boris aimerait glisser comme aux jeux Olympiques, mais Milo n’est pas très rassuré, il préfèrerait plutôt faire un bonhomme de neige. « Allez, suis-moi, on va bien s’amuser ! » lui dit Boris.
#montagne #neige #hiver #cochon #amitié #jeu #aventure #rivalité, #bagarre, #dispute
Éditions École des Loisirs
Texte : Anne Pym
Illustrations : Francesco Pittau
Collection Pastel
3 à 6 ans
album
nombre de pages : 32
Prix : 11,00 €
ISBN : 9782211238717
Paru la première fois en 2019
Dans cette collection le 09.01.2019
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Revue de presse et des blogs
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Anna de Sandre — Mordre la neige — éd. Dessert de lune

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Mordre la neige

Anna de Sandre écrit comme on marcherait sur la pointe des pieds, elle écrit la vie comme elle est – du glissement de sens pudique au terme cru, rien n’est là sans sa justification profonde. Elle colonise les mots histoire qu’ils ne se figent pas dans la neige et va chercher ses protagonistes dans des pays qui n’existent que dans ses poèmes. Parfois on entend le craquement d’un cadavre d’oiseau gelé écrasé par le premier pas mal assuré du matin, ou le froissement d’une étoffe quand de la manche quelqu’un essuie la buée sur un carreau de cuisine – en arrière-plan se mélangent l’odeur chaude d’une lessive et celle de la tête de veau ravigote des voisins. Ça craque comme la glace au souffle des premières brises de mars, ça frissonne comme feuilles au vent, ça sent l’érotisme gourmand, le corps-à-corps des mots dont la graphie mêle les sens quand les allitérations font commerce de volupté langagière et réveillent l’esprit aux aguets de ce que l’on met de soi dans la lecture.

Éditions Les Carnets du dessert de lune
Poèmes d’Anna de Sandre
Collection Pleine Lune
ISBN 978-2-930607-21-4
Broché 118 pages
Parution :  juin 2015

Anna de Sandre — Un régal d’herbes mouillées — éd. Dessert de lune

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Un régal d’herbes mouillées

Des poèmes comme de petits romans avec des personnages au quotidien pas toujours rose.

Éditions Les Carnets du dessert de lune
Poèmes d’Anna de Sandre
Collection Pleine Lune
ISBN-13: 978-2930607528
Broché: 88 pages
Parution : 4 juin 2012
Langue : Français
ISBN-10: 2930607521
Revue de Presse

Ptyx librairie

© Jacmo in Décharge N°156

Chaque poème est une petite histoire, très moderne. Il y a de la gouaille et de la verdeur dans ces petits contes. Et tout est bouclé en une page ou deux, d’autant plus rapidement que c’est écrit en vers. Souvent la coupe se fait par groupes grammaticaux plus ou moins serrés et ce découpage permet de mieux saisir le sens. Cela peut aller jusqu’à l’élision orale avec des apostrophes pour marquer l’e muet. Anna de Sandre ne manque ni de vigueur ni d’imagination, son petit monde un peu noir et un peu trivial ne manque pas de force et d’intérêt.

Le Nouvel Athanor

Originale, Anna de Sandre ! Je ne sais pas si elle parvient à « emmerder les saules pleureurs » (sic) , mais j’apprécie ses textes qui disent tout à la fois les misères sexuelles et les grandes solitudes de notre société d’aujourd’hui. Quand on lit : « Les poings serrés sur une serpillière espagnole tu
nettoieras la saleté des jours », on comprend vite qu’Anna de Sandre qui n’a pas peur de l’argot (kiffer, crever, bordel et j’en passe !) parvient à exprimer un univers à la Piaf grâce à un art poétique qui, en effet, est voisin de celui d’une Valérie Rouzeau.L’indignation est naturelle pour un poète, mais trouver les mots pour le dire est rare. Raison de plus pour saluer l’exploit, surtout quand son auteur anime, au surplus, un blog dynamique (« Biffures chroniques »)qui est une belle auberge ouverte à l’imaginaire.
Ariane Luthï
Ce livre de poèmes, premier vrai recueil d’Anne de Sandre, donne à lire des textes poétiques d’une à deux pages qui font penser à des petits romans dont le quotidien des personnages n’est pas toujours rose; ainsi, le portrait de l’«Atrabiliare»: «Folle de rage, / une seiche homochrome / et versatile / soulage sa bile / en embrassant une carrière / d’écrivaine. // Tandis qu’elle crache / l’encre du bout / de son entonnoir, / un atramantophile s’amarouche / de son écriture, sépia, / sèche et nerveuse.» Les vers brefs –parfois un seul mot par ligne –provoquent une impression de vitesse et de légèreté. L’art du bref est une prédilection de l’auteur écrivant principalement des nouvelles et de la poésie, la volonté de (se) réduire à l’essentiel se traduit aussi au niveau de la couverture (par Francesco Pittau), où quelques traits rapides rendent les herbes –poétiques –évoquées dans le titre du riche recueil.
Michel Baglin
Anna de Sandre, à ma connaissance n’a guère publié qu’en revue, mais Gallimard jeunesse va éditer un de ses livres. En attendant, c’est «Un régal d’herbes mouillées» qui nous est donné à lire par Jean-Louis Massot et ses Carnets du dessert de Lune (67 rue de Venise -B1050 Bruxelles Belgique). 90 pages environ (pour 12 euros), de poèmes qui racontent (ils se veulent «petits romans»), mettent en scène des personnages, dessinent des tableaux, dans un mélange de langue soignée et d’argot, et dans un Sud-Ouest que je reconnais avec plaisir, «entre Gaillac et Rabastens» (expression qui sert à désigner quelqu’un entre deux vins) ou du côté des cimetières de Cornebarrieu ou de Terre-Cabade. C’est musical («les gestes lents d’un homme las») autant que rugueux comme nombre de personnages un peu rustres, cru, trivial, violent parfois, à l’image de cette «lune basse et lourde (qui) foutait le feu à un tronc d’arbre», C’est faussement naïf, hanté par la mort, ou une cupidité qu’on devine souvent à l’œuvre dans le malheur. Mais surtout secrètement désespéré, comme ces personnages esquissés que l’on devine tous blessés par «la saleté des jours».

Anna de Sandre — Iris et l’escalier — Gallimard

Iris et l'escalier
Iris est haute comme trois pommes. Et l’escalier est si haut. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 10 marches ! C’est impressionnant, alors elle le gronde pour se donner du courage.
Une fois l’escalier vaincu, Iris veut grimper plus haut, elle veut toucher le ciel ! Alors commence l’aventure…
#courage #enfance #imagination
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Éditions Gallimard Jeunesse
Texte : Anna de Sandre
Illustration : Chiyaki Miyamoto
Collection : Giboulées
3 à 6 ans
album
nombre de pages : 32
ISBN-10: 2070649172
Prix : 13,50€
Paru la première fois le 23 novembre 2012
Revue de presse et des blogs