Un temps de Colette

 » Aujourd’hui, il pleut si noir, et c’est tellement dimanche que je fais, avant que tu l’aies demandé les trois signes magiques : clore les rideaux, allumer la lampe, disposer sur le divan, parmi les coussins que tu préfères, mon épaule creusée pour ta joue, et mon bras prêt à se refermer sur ta nuque. » Colette, Le Voyage égoïste Continuer de lire Un temps de Colette

Annie Saumont (1927-2017)

Annie Saumont, Mum a dit, extrait de « Les Croissants du dimanche » – éd. Julliard, 2008 (p.77-79) « De quoi ils se mêlent, elle a dit, en rogne. Ceux-là du gouvernement. On pourra plus fesser les gamins y a du progrès. On se crève à les élever et ces messieurs font des lois pour RETENIR LE BRAS TROP PROMPT À FRAPPER. Prompt ? Barny, regarde dans le dictionnaire. Des enfants meurent sous les coups. La belle blague. C’est pas mortel la fessée. Moi je trouve que. Moi j’aime pas. Même si Mum me commande jamais d’enlever le slip. Sa main est dure. … Continuer de lire Annie Saumont (1927-2017)

Tardigrade de Pierre Barrault

Pierre Barrault — Tardigrade,  éd. L’arbre vengeur ; avril 2016 (127 pages) Pierre Barrault est libraire à Paris. Certes, cette allitération est diablement réductrice et j’en conviens. Mais appeler le tardigrade « ourson d’eau », c’est à mon avis autrement plus maladroit, car il s’agit en ce qui concerne celui-ci d’une contrevérité (cf. la définition du dictionnaire). Pourquoi ? Simplement parce que le tardigrade de Pierre Barrault est en réalité un magnifique McGuffin, fruit des amours de son père pour le cinéma. Est-il pour autant hitchkockien ? Non plus. Ou plutôt, si : le tardigrade est inquiétant par certains aspects et peut selon la sensibilité … Continuer de lire Tardigrade de Pierre Barrault

Un article de la revue Diacritik au sujet du Desproges culinaire

Après Des femmes qui tombent, Points a eu la bonne idée de rééditer en poche le désormais légendaire Encore des nouilles, recueil de chroniques comico-gastronomiques produites par Pierre Desproges pour Cuisine et vins de France entre 1984 et 1985 et illustrées par Cabu, Catherine, Charb, Luz, Tignous, Wolinski… Avec Encore des nouilles, l’humoriste écrivain marche dans les pas […] via «Encore des nouilles», chroniques du Desproges culinaire — DIACRITIK Continuer de lire Un article de la revue Diacritik au sujet du Desproges culinaire

Les Ombres Nomades d’Astrid Waliszek

L‘expression populaire dit volontiers que l’on ment comme un témoin oculaire. Astrid Waliszek, elle, a l’acuité visuelle d’un milan.   « Au loin, un marin marche le long  de la digue, tout près du bord comme s’il jouait avec l’idée d’un vertige, l’oeil vissé sur les moellons de pierre appareillée qui plongent dans la vase lisse et veloutée. J’ai suivi des yeux un moment l’étrange silhouette à contre-jour, grande et un peu cassée, légèrement claudicante — une mèche s’obstine à tomber, il se passe souvent la main dans les cheveux et dans le triangle de son bras levé naît à chaque … Continuer de lire Les Ombres Nomades d’Astrid Waliszek

Kate Braverman – Bleu éperdument

Il existe des numéros d’urgence pour dire qu’on se sent seul et qu’on voudrait dormir sur le poitrail d’un ours à lunettes, pour pleurer qu’on s’est fait pouillave par une ceinture bleue de krav maga ou bien encore pour alerter qu’on veut mettre fin à ses jours en musardant en tenue queer dans un champs pétrolier syrien, mais bordayle de mayrde, il n’y a en revanche aucun numéro d’urgence pour hurler qu’on est en train de lire « Bleu éperdument » de Kate Braverman (éd. Quidam), et que ça bécave grave ! Je ne ferai pas de recension sur ce puissant recueil … Continuer de lire Kate Braverman – Bleu éperdument

Tendu sur le tambour d’A. Waliszek

L’extrait d’un work in progress de l’écrivaine Astrid Waliszek : Mark Simon « (…) Quand je ne suis pas au jardin, je lis des livres d’horticulture. Je vais en faire un jardin persan, un jardin d’Eden où se côtoieront les quatre coins du monde. Avec un plan en croix, en ombre une glycine, le vieux banc sous une treille, un rosier blanc sauvage en contre-point. Je l’ai dessiné et j’ai sérié les plantes d’abord par couleurs, ensuite par le temps qu’il faut pour atteindre la floraison et enfin par la qualité du feuillage, caduque ou persistant. C’est du temps qui passe, … Continuer de lire Tendu sur le tambour d’A. Waliszek

L’arrière-cuisine d’André Markowicz

André Markowicz est un poète et un traducteur. Il a notamment traduit l’intégralité de l’œuvre romanesque de Dostoïevski.  Je dis « notamment », car il il parle longuement et avec passion de son rapport au texte qu’il doit traduire et dans son article que je partage ici, il est question du début du roman « Les carnets du sous-sol ». « Le Sous-sol, le début. Et donc, enfin, je serai en état de changer le texte du début de ma traduction, dont je sais qu’il est fautif depuis presque vingt ans. En tout cas, quand il m’arrive qu’on me demande de dédicacer l’édition Babel des … Continuer de lire L’arrière-cuisine d’André Markowicz

Le cadeau d’Isabelle Bonat-Luciani

Un poème d’Isabelle Bonat-Luciani inspiré de mon recueil de nouvelles « Le parapluie rouge ». Je suis très touchée par ce grand cadeau.** « Cher toi, J’ai vu tous ces fruits sur l’arbre périr que personne ne les cueille dans le jardin. Je crois qu’ils sont comme nous au fond. Ils attendent les mains et les gestes. Ils attendent peut-être que quelqu’un se souvienne d’une vieille recette Ils n’attendent rien Mais leur saveur est prête à livrer un coin de soi qu’on aurait pu oublier à force de chercher à éteindre ce qui nous a ravagés longtemps et qui dans de nouvelles mains … Continuer de lire Le cadeau d’Isabelle Bonat-Luciani