Un paysage ordinaire de Derek Munn

Derek Munn, Un paysage ordinaire, Christophe Lucquin éditeur, juin 2014, 190 pages. «(…)J’avais décidé de nettoyer l’étable. Des rayons de soleil tranchaient l’air. J’ai entendu un bruit. Tout de suite j’ai pensé, un ange. Va savoir pourquoi. D’où viennent les mots ? Je me suis arrêté pour écouter. J’avais travaillé sans penser, du coup le calme…

Le portique du front de mer

 Manuel Candré, “Le portique du front de mer”, éd. Joëlle Losfeld, 2014 — extraits des pages 36 à 39. « (…) Les villas les plus improbables s’étaient construites au cours des années passées, parsemant la ville et la côte d’une épaisse couche d’architecture flamboyante ou à l’austérité minimale, blanche et de toutes les couleurs, à étage,…

Isabelle Damotte #1

Isabelle Damotte, De l’enfant, inédit 2014 « (…) De l’enfant, on peut dire qu’il avait presque trois ans quand il est arrivé. Il ne savait ni les jouets ni les livres ni les mots des chansons qu’on dit en caressant le front, en creusant au creux des genoux la chute, le bateau qui chavire. Tu payes…

Trouver en soi une tombe

« (…)Je ne savais pas vraiment avant d’entrer ce qu’il me fallait jouer comme morceau. Mon grand-père avait tellement aimé l’ailleurs et avait si peu pu le vivre qu’il était devenu garde-barrière. Sa maison est toujours intacte, près de la voie ferrée. Le jardin en triangle, le garage en tôle, le crépi que la SNCF n’a…

On a tous quelque chose en nous de Collodi

« (…) Le lendemain, au lever du jour, ils arrivèrent sans encombre au pays des Jouets. Ce pays ne ressemblait à aucun autre. Il n’y avait que des enfants. Les plus vieux avaient quatorze ans, les plus jeunes à peine huit.Dans les rues ce n’étaient que bonne humeur, tapages et cris à vous crever le…

Il fait froid

« Cher M…je désire que vous sachiez qu’il fait très froid à San Francisco aujourd’hui et que je gèle. Il fait si froid dans ma chambre qu’à chaque fois que je me mets à écrire une nouvelle, le froid m’arrête et que je dois me lever et faire des exercices d’assouplissement. Cela veut dire, je…

Confidences de gargouille

« […] A la pointe du modernisme, les étudiants se passionnaient pour le Nouveau Roman. Nathalie Sarraute était venue. Je l’avais rencontrée chez Jean Wahl quelques années auparavant, de façon assez curieuse : je ne savais pas qu’elle connaissait mon existence alors que je connaissais la sienne à travers Portrait d’un inconnu et Martereau notamment,…

Xuchilbara

« Tu me dis d’être heureuxce n’est pas ce que j’aimecar je suis commel’ombre au soleil de juilletsaoule cherchant refuge au basdes mursde pierreombre à la pierre au couau bord de la rivière je crois que j’aimeraisperdre sous moi le soloublier un instantla blancheur révéréemais jamais non jamaisla rive ne me cède vois la villeet son…

Quand ta mère te tue

Dominique Boudou doit sortir un recueil bientôt, et il me tarde de le lire. Voici l’extrait d’une de ses nouvelles à la prose très poétique : « (…) Mais quelle heure est-il ? Je te dis que je suis levé depuis longtemps et tu veux savoir ce que j’ai fait. Je te parle d’une Grany…

Les heures perdues d’avance

Ce jour deJuilletBrûlait toutSous son ventre Grillait laMaigrePelouse derrièreLa maison Découpait auRasoir les om-BresEt affûtaitAigu les toitsD’ardoise La cabine té-LéphoniqueRessemblait àUn désastre auBord de rien Le soleil blancComme un oignon cruDans le ciel d’un seulMorceauTremblotait Malgré maSoifNe me secouais pasJ’attendais que laChaleur s’a-Paise J’attendais le soirJ’attendaisLa nuit Et n’imaginais pasQue ces heuresJetéesMe retomberaient surLe cœur…